À l’heure où les institutions rivalisent de modernité numérique, certaines semblent avoir trouvé dans WhatsApp le substitut idéal aux circuits officiels de communication. L’un des effets de la révolution numérique dans la presse est que le communiqué affecté à un relais bien identifié a cédé la place à un texte « balancé » dans les groupes. Alors que les outils digitaux de l’ère moderne sont censés alléger la charge de travail des journalistes, ces derniers se voient obligés, s’ils entendent rester dans les canons de leur métier, d’opérer une double vérification : n’y a-t-il pas usurpation de l’identité de la personne ou de l’organisation qui adresse le message ? Cette première question résolue, il leur faut attester que le message lui-même est véridique ? Combien de fois le tampon « fake news » a été apposé sur un document après le constat d’un logo déformé, d’un en-tête bizarre, d’une typographie incohérente, d’une date suspecte, de mentions administratives manquantes ? Et le must, les fautes de grammaire et/ou d’orthographe… Jeter la proie pour l’ombre : ainsi peut être décrite la nouvelle faiblesse observée depuis quelques mois dans la communication institutionnelle de plusieurs organisations. Suivant le nouveau paradigme faisant des réseaux sociaux la voie indiquée pour communiquer efficacement, les déplacements des autorités, les décisions ministérielles, l’agenda de certains programmes, voire les textes de loi, l’essentiel passe maintenant par WhatsApp. Pour une décision de justice rendue en mai 2025 dans le cadre du recours d’un fonctionnaire devant la Cour suprême contre son limogeage par le ministre de la Santé, ce n’est que le mercredi 6 août suivant, soit trois mois après le verdict, que l’arrêt est apparu comme par enchantement dans des groupes WhatsApp. Le lendemain, au moins cinq quotidiens y consacraient leur « Une ». C’est l’exemple le moins frappant, car régulièrement, la com’ relative aux voyages des autorités, à certaines décisions ministérielles, à des événements officiels, à des questions de la plus haute importance, est « gérée » sous la forme de partage dans des groupes certes touchant un grand nombre, mais ouverts aux vents de la désinformation et de la manipulation. C’est une démarche « tendance », bien à propos dans un contexte de démantèlement des canaux institutionnels d’échanges au profit du numérique. Une idée du reste largement partagée maintenant veut que « la presse », en tant qu’institution, ne soit plus le cadre pertinent pour communiquer. Une tendance renforcée à la faveur de l’alternance politique en avril 2024 avec une nouvelle majorité portée par le postulat que Facebook, TikTok, YouTube ont été leurs principaux facteurs de mobilisation, selon le nouveau mantra, ce qui est vrai. La situation est fort désagréable pour certains éditeurs de presse qui se voient ainsi obligés de mettre sur la balance ce qui fonde, si elle n’est pas dévoyée, leur valeur professionnelle : la sélection, la vérification, le recoupement, le traitement spécifique suivant un angle. Si le journalisme est considéré comme une forme de production de connaissances valides, c’est parce qu’un cadre normatif en valide les étapes : collecte-recoupement – vérification (si possible triangulation) – mise en forme – présentation. Ce que ne permettent pas les réseaux sociaux. Auparavant, existait un agenda. Les heures précédant un événement, les rédactions recevaient des invitations et/ou des communiqués de presse, programmaient ensuite leur couverture selon un format qui permettait d’identifier toutes les parties prenantes au processus, en plus de la disponibilité d’interlocuteurs officiels. Or, les réseaux sociaux, s’ils n’ont pas leur pareil pour toucher le plus grand nombre, n’en restent pas moins ouverts aux fausses informations, à la manipulation, à l’anonymat de la source. Ce qui est aux antipodes des valeurs journalistiques, celles qui exigent la diffusion d’une information complète et porteuse de sens. Naturellement, un retour en arrière n’est pas envisageable. Le public lit moins, les médias traversent une crise de confiance vis-à-vis de leur lectorat, la possibilité d’être informé via le téléphone portable transforme les réceptions. À cet égard, les organisations gagneraient à réhabiliter les canaux qui garantissent la traçabilité et l’identification de l’émetteur : listes de diffusion par courrier électronique (mailing), communiqués transmis aux rédactions et aux agences de presse, espaces de presse sur les sites institutionnels régulièrement mis à jour. À l’heure où la désinformation prospère sur la confusion des sources, communiquer vite ne suffit plus, il faut aussi viser juste. samboudian.kamara@lesoleil.sn
Et le must, les fautes de grammaire et/ou d’orthographe… Jeter la proie pour l’ombre : ainsi peut être décrite la nouvel


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