Les chiffres et les faits sont dûment consignés dans des documents officiels de l’ONU et des rapports du Secrétaire général. Reconstitution et décryptage. SAHARA MAROCAIN: Pendant quatre années, les observateurs militaires de la Minurso ont effectué 29.054 visites auprès des installations des Forces Armées Royales. À l’est du mur de défense, les rapports examinés ne font apparaître aucune série comparable de visites effectivement réalisées auprès des unités du Polisario. Plus révélateur encore, 2.407 tentatives de visite ont été refusées durant le seul exercice 2021-2022. Derrière ces chiffres, tirés des documents officiels des Nations Unies, se dessine une réalité longtemps sous-estimée : une mission internationale dont les capacités de surveillance sont devenues profondément inégales. 29.054 visites auprès des unités et installations des Forces Armées Royales en quatre ans. De l’autre côté du mur de défense marocain, zéro visite documentée auprès des unités militaires du Polisario dans les rapports examinés sur la même période. Et un troisième chiffre, particulièrement révélateur : 2.407 tentatives de visite des unités et quartiers généraux du Polisario qui se sont toutes soldées par des refus d’accès durant le seul exercice 2021-2022. Ces données proviennent des rapports du Secrétaire général des Nations Unies consacrés aux activités de la Minurso. Elles donnent une mesure du déséquilibre dans lequel fonctionnait la mission depuis novembre 2020. À l’ouest du mur, les observateurs continuaient d’effectuer régulièrement des visites auprès des FAR. À l’est, leurs déplacements étaient limités, l’accès aux unités du Polisario entravé et les reconnaissances aériennes interdites. Durant l’exercice 2024-2025, la Minurso a ainsi effectué 141 vols de reconnaissance à l’ouest du mur, contre aucun à l’est. Mais déjà cette situation soulève une première interrogation. Soit aucune visite des unités du Polisario n’a effectivement été réalisée durant les périodes considérées. Soit des visites ont eu lieu, mais sans être comptabilisées de manière comparable dans les rapports publics. Dans les deux cas, une clarification s’impose. Car une mission internationale chargée d’observer les activités militaires de deux parties doit pouvoir exercer ses fonctions sur le terrain, mais également rendre compte de ses activités de manière suffisamment complète et transparente. Une mission censée observer deux parties Créée en avril 1991 par la résolution 690 du Conseil de sécurité, la Minurso avait initialement pour mission d’accompagner la mise en œuvre du plan de règlement du conflit du Sahara, notamment l’organisation d’un référendum et la surveillance du cessez-le-feu. Au fil du développement du dossier, l’option du référendum a fini par être quasiment abandonnée. Mais la mission a conservé pendant plusieurs décennies une fonction militaire d’observation et de vérification du respect des accords conclus entre les parties. Son dispositif reposait sur neuf bases opérationnelles, quatre à l’ouest du mur de défense marocain et cinq à l’est, avec un quartier général installé à Laâyoune. Une précision fondamentale s’impose ici. Le mur de défense marocain n’est pas une frontière internationale. Il traverse le Sahara marocain et les territoires situés à l’est font également partie du territoire national. La distinction entre l’est et l’ouest du mur est donc avant tout militaire et opérationnelle. Et c’est de part et d’autre de ce dispositif que les observateurs de la Minurso étaient chargés d’effectuer des patrouilles, de visiter les unités et installations militaires, de suivre les activités signalées et de mener des enquêtes sur les incidents. Il ne s’agissait pas nécessairement d’effectuer un nombre identique de visites des deux côtés. Les déploiements militaires, les caractéristiques géographiques et les contraintes opérationnelles pouvaient justifier certaines différences. En revanche, la mission devait conserver des possibilités effectives de surveillance auprès des deux parties. C’est précisément cette condition qui s’est progressivement dégradée. Une asymétrie déjà visible avant novembre 2020 Les difficultés rencontrées par les observateurs de la Minurso à l’est du mur ne datent pas des événements d’El Guerguerat. Dans son rapport de septembre 2020, le Secrétaire général recensait déjà 41 violations de la liberté de circulation des observateurs au cours de la période considérée. Quarante d’entre elles étaient relevées à l’est du mur de défense et donc imputées au Polisario. Le déséquilibre était donc déjà manifeste avant novembre 2020. À cette époque, toutefois, la Minurso conservait encore des possibilités un peu plus étendues de surveillance à l’est du mur. Ses patrouilles terrestres pouvaient évoluer dans un rayon allant jusqu’à 125 kilomètres autour des bases opérationnelles, sous réserve des contraintes de sécurité. Des reconnaissances aériennes permettaient également de compléter les observations au sol. Ces moyens étaient essentiels pour une mission chargée de surveiller un espace désertique aussi vaste, où les distances rendent particulièrement difficile toute observation permanente. Mais la situation allait connaître une dégradation considérable à partir de novembre 2020. El Guerguerat : Le point de basculement Le 13 novembre 2020, les Forces Armées Royales sont intervenues dans la zone d’El Guerguerat afin de rétablir la circulation sur l’axe routier reliant le Maroc à la Mauritanie, bloqué depuis plusieurs semaines par des éléments du Polisario. Cette intervention était une opération destinée à sécuriser le passage et à mettre fin au blocage, sans rechercher l’affrontement militaire. Dans son rapport d’octobre 2021, le Secrétaire général des Nations Unies indique que la Minurso a entendu des tirs dans la zone au cours de cette journée. Les difficultés rencontrées par les observateurs de la Minurso à l’est du mur ne datent pas des événements d’El Guerguerat. Le lendemain, 14 novembre, le chef du Polisario, Brahim Ghali, annonçait que son mouvement ne se considérait plus lié par le cessez-le-feu de 1991 et déclarait reprendre la lutte armée. Le Maroc a, pour sa part, maintenu son engagement envers le cessez-le-feu. Les rapports ultérieurs de l’ONU ont fait état d’incidents armés récurrents le long du mur, principalement des tirs de faible intensité signalés par les parties, dont le nombre et les conséquences ne pouvaient pas toujours être vérifiés indépendamment. Mais les événements de novembre 2020 ont également eu une autre conséquence majeure: une réduction considérable des possibilités de surveillance de la Minurso à l’est du mur. 2.407 tentatives de visite refusées en une seule année Car après novembre 2020, le Polisario a littéralement imposé un blocus. Les déplacements terrestres des équipes de la Minurso à l’est du mur ont été limités à des couloirs de 20 kilomètres à partir de leurs bases opérationnelles. Les observateurs ne pouvaient plus accéder librement aux unités et quartiers généraux du Polisario. Les patrouilles devaient même maintenir une distance minimale de 200 mètres par rapport à ces installations. Le rapport du Secrétaire général publié le 3 octobre 2022 fournit d’ailleurs un chiffre particulièrement significatif : Entre le 1er septembre 2021 et le 31 août 2022, les observateurs de la Minurso ont tenté à 2.407 reprises de se rendre dans des unités et quartiers généraux du Polisario. L’accès leur a été refusé à chaque fois. Pendant le même exercice, les équipes de la Minurso effectuaient 6.167 visites auprès des quartiers généraux, unités, sous-unités, points d’appui et postes d’observation des FAR. Le contraste est saisissant. À l’ouest du mur, plusieurs milliers de visites effectivement réalisées. À l’est, plusieurs milliers de tentatives qui n’ont débouché sur aucune visite. Il ne s’agit donc pas d’une simple différence statistique. La question concerne la possibilité même pour les observateurs de remplir une partie de leurs missions. Et les restrictions allaient persister au cours des années suivantes. 29.054 visites auprès des FAR Les rapports successifs du Secrétaire général montrent que les visites auprès des FAR se sont poursuivies régulièrement. Après les 6.167 visites recensées en 2021-2022, la Minurso en a effectué 6.115 en 2022-2023, puis 9.049 en 2023-2024 et 7.723 en 2024-2025. Au total, cela représente 29.054 visites auprès des unités et installations militaires marocaines en quatre exercices. Pour les unités du Polisario, les rapports examinés ne permettent pas d’établir une série équivalente de visites effectivement réalisées. Il faut naturellement distinguer les visites d’unités militaires des autres activités menées à l’est du mur. La Minurso y a maintenu quelques rares patrouilles terrestres à portée limitée, des contacts avec les officiers de liaison du Polisario, des activités de lutte antimines et des enquêtes ponctuelles sur des incidents quand elles étaient possibles. Ces activités sont documentées. Ainsi, le rapport de 2024 mentionne 1.392 patrouilles terrestres effectuées à l’est depuis leur reprise en décembre 2023. Mais ces patrouilles ne doivent pas être confondues avec des visites effectivement réalisées auprès des unités militaires du Polisario. C’est cette distinction qui permet de comprendre le déséquilibre. Zéro visite documentée : Deux hypothèses qui interrogent L’absence de données comparables concernant les visites auprès des unités du Polisario pose une question qui dépasse la seule activité opérationnelle de la mission. Deux hypothèses peuvent alors être envisagées. La première est qu’aucune visite n’a effectivement été réalisée auprès de ces unités durant les périodes considérées. Dans ce cas, le déséquilibre est directement opérationnel : les observateurs pouvaient visiter régulièrement les installations des FAR, mais ne disposaient pas de possibilités comparables auprès du Polisario. La seconde hypothèse est que des visites ont peut-être bien eu lieu, sans être comptabilisées de manière équivalente dans les rapports publics. Dans ce cas, c’est la transparence et la comparabilité des informations communiquées qui sont en question. Car comment expliquer que les rapports de l’ONU fournissent des chiffres aussi précis concernant les milliers de visites effectuées auprès des FAR sans présenter un bilan équivalent pour les unités du Polisario ? Le Conseil de sécurité a, à plusieurs reprises, demandé aux parties de coopérer pleinement avec la mission et de garantir sa liberté de circulation. Pourtant, les restrictions opérationnelles à l’est du mur de défense ont persisté pendant plusieurs années. Certes, les rapports publics du Secrétaire général ne reproduisent pas nécessairement l’intégralité des comptes rendus opérationnels de la mission. Mais cette distinction ne fait pas disparaître la question de fond. Une mission internationale chargée de surveiller les activités militaires de deux parties doit pouvoir expliquer clairement les conditions dans lesquelles elle exerce ses fonctions, les activités qu’elle a effectivement réalisées et les obstacles qui l’en ont empêchée. L’absence d’une comptabilisation comparable ne suffit pas, à elle seule, à établir un manquement aux obligations de compte rendu. Elle soulève néanmoins une interrogation légitime sur la qualité et la transparence des informations mises à la disposition du Conseil de sécurité. Dans les deux hypothèses, une clarification est donc nécessaire : soit les visites n’ont pas été effectuées, soit leur réalisation ne peut pas être établie à partir des rapports publics examinés. Des reconnaissances aériennes interdites à l’est Pire que ça. Les restrictions ne concernaient pas uniquement les déplacements terrestres et les visites des unités militaires. Depuis novembre 2020, les vols de reconnaissance par hélicoptère de la Minurso à l’est du mur étaient formellement interdits. Et cette situation a persisté pendant plusieurs années. À l’ouest, les reconnaissances aériennes ont pu se poursuivre, sous réserve des contraintes de sécurité et des interruptions liées à la disponibilité des appareils. Durant l’exercice 2024-2025, la Minurso a ainsi effectué 141 vols de reconnaissance à l’ouest du mur, contre aucun à l’est. La différence est importante. Dans un environnement désertique caractérisé par des distances considérables, les moyens aériens permettent de compléter les observations terrestres, de surveiller de vastes secteurs et d’orienter les patrouilles vers des zones nécessitant des vérifications. Leur interdiction à l’est du mur privait donc les observateurs d’un moyen supplémentaire de surveillance indépendante. La Minurso pouvait toujours recevoir des informations concernant les activités militaires dans cette zone. Mais ses possibilités de les vérifier directement étaient sensiblement réduites. Des incidents militaires difficiles à vérifier Cette limitation apparaît également dans les enquêtes menées sur les incidents militaires. Depuis novembre 2020, les rapports du Secrétaire général mentionnent régulièrement des tirs signalés par les FAR, des attaques revendiquées par le Polisario et des frappes aériennes présumées à l’est du mur. Mais les observateurs n’avaient tout simplement aucun moyen d’instruire ces faits, de les acter et d’en informer publiquement comme ils devaient le faire. En 2021-2022, la Minurso avait recensé 18 signalements de frappes effectuées à l’aide de drones à l’est du mur. Elle a pu accéder aux sites concernés dans douze cas, mais l’accès lui a été refusé dans les six autres. En 2022-2023, sur 19 signalements de frappes présumées, les équipes de la mission ont pu se rendre sur les lieux dans quatorze cas. Le Polisario n’a pas donné son accord dans les cinq autres. Ces données montrent que la Minurso conservait certaines possibilités d’enquête à l’est du mur, mais qu’elles étaient fortement réduites à cause des autorisations refusées par le Polisario et des conditions de sécurité imposées sur le terrain. Or si une mission d’observation n’est pas en mesure de recueillir les déclarations des parties et de vérifier les faits de manière indépendante, comment peut-elle remplir correctement le mandat pour lequel elle est là ? Des relations militaires déséquilibrées Plus que ça. Les restrictions concernaient également les relations entre le commandement de la Minurso et les forces militaires des deux parties. À l’ouest, les rapports font état de contacts et de visites régulières du commandement de la mission auprès des responsables des FAR, notamment au quartier général de la zone Sud à Agadir. À l’est, le commandant de la force de la Minurso ne pouvait plus établir de contact direct avec la direction militaire du Polisario. Les échanges à ce niveau s’effectuaient par correspondance écrite. Tout cela est dûment consigné dans les rapports officiels. Quelques rares contacts locaux étaient maintenus avec les officiers de liaison du Polisario, notamment auprès des bases opérationnelles et à Rabouni, près de Tindouf. Mais ces échanges ne remplaçaient pas les relations directes entre commandements. Le déséquilibre concernait donc plusieurs dimensions du fonctionnement de la mission : les visites des unités militaires, la liberté de circulation, les reconnaissances aériennes et les relations entre responsables militaires. Une présence qui ne garantissait plus l’efficacité Certes, la Minurso conservait cinq bases opérationnelles à l’est du mur de défense. Ses équipes effectuaient quelques patrouilles terrestres, maintenaient des contacts de liaison, participaient aux opérations de lutte antimines et pouvaient mener des enquêtes ponctuelles sur des incidents. Mais une présence physique ne garantit pas, à elle seule, l’efficacité d’une mission de surveillance. Une patrouille dont les déplacements sont limités à un périmètre restreint, qui ne peut pas accéder librement aux unités militaires et qui ne dispose plus de moyens de reconnaissance aérienne n’exerce évidemment pas sa mission dans les mêmes conditions qu’une équipe autorisée à circuler et à effectuer régulièrement des visites. Cette différence est particulièrement importante pour le Maroc. Fort heureusement, les FAR disposent de leurs propres capacités de surveillance, de renseignement et d’observation. L’intérêt de la présence de la Minurso ne résidait pas du tout dans la collecte d’informations militaires sur ce qui se passe de l’autre côté du mur. Il tenait à l’existence d’un mécanisme international indépendant, susceptible de vérifier les activités des parties et d’en rendre compte au Conseil de sécurité. Or, ce mécanisme continuait à visiter régulièrement les installations marocaines tout en rencontrant des obstacles persistants dans l’exercice d’une activité comparable auprès du Polisario. Une situation connue du Conseil de sécurité Le plus étonnant c’est que toutes ces difficultés n’étaient pas ignorées par les Nations Unies. Les rapports successifs du Secrétaire général faisaient état des restrictions imposées aux observateurs, des limitations des patrouilles terrestres, des refus d’accès et de l’interdiction des reconnaissances aériennes à l’est du mur. Le Conseil de sécurité a, à plusieurs reprises, demandé aux parties de coopérer pleinement avec la mission et de garantir sa liberté de circulation. Pourtant, les restrictions opérationnelles à l’est du mur de défense ont persisté pendant plusieurs années. C’est l’un des principaux enseignements du bilan de la Minurso. La question ne concernait plus simplement le maintien de son mandat, de ses effectifs ou de ses moyens budgétaires. Elle portait sur la capacité réelle de la mission à exercer les fonctions pour lesquelles ces moyens étaient mobilisés. Une organisation internationale peut conserver ses structures administratives, ses équipes et ses implantations sur le terrain sans disposer pour autant de toutes les capacités nécessaires à l’accomplissement de ses missions. Et lorsque ces capacités sont différentes selon les parties concernées, c’est la portée même de la surveillance qui se trouve modifiée. Trente-cinq ans après, le paradoxe de la Minurso La Minurso a été créée en 1991, au lendemain des accords de cessez-le-feu pour accompagner le règlement du conflit du Sahara. Sa fonction d’observation et de surveillance militaire a longtemps constitué l’une de ses principales activités. Mais depuis novembre 2020, cette fonction a été profondément affectée par les restrictions imposées à ses observateurs à l’est du mur de défense marocain. Les rapports de l’ONU en donnent une mesure particulièrement significative : 29.054 visites auprès des installations des FAR en quatre exercices, aucune série comparable de visites effectivement réalisées auprès des unités du Polisario identifiée dans les documents examinés, 2.407 tentatives de visite refusées durant une seule année, des patrouilles terrestres limitées et des reconnaissances aériennes interdites à l’est. Depuis novembre 2020, la fonction de la Minurso a été profondément affectée par les restrictions imposées à ses observateurs à l’est du mur de défense marocain. La Minurso continuait certes à assurer certaines activités. Mais ses capacités de surveillance militaire étaient devenues profondément inégales. Trente-cinq ans après sa création, la question n’était donc plus seulement de savoir combien d’observateurs la Minurso déployait, combien elle coûtait ou combien de bases elle maintenait sur le terrain. Elle était devenue beaucoup plus fondamentale, voire existentielle : A quoi une telle mission pouvait-elle encore servir ? Recevez les dernières actualités d’Aujourd’hui Le Maroc directement sur WhatsApp
Les chiffres et les faits sont dûment consignés dans des documents officiels de l’ONU et des rapports du Secrétaire géné





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