Écrire est un acte grave. On peut même dire que c’est une affaire de vie ou de mort. L’écrivain canadien d’origine haïtienne Thélyson Orélien vient tragiquement d’en faire l’expérience. Cité comme le phénomène de la rentrée littéraire pour son roman « C’était ça ou mourir », il est brutalement tombé de haut. Accusé d’avoir utilisé l’IA pour écrire ce roman, l’écrivain de 38 ans s’était d’abord emmuré dans un silence assourdissant avant de reconnaître, à deux temps, être un faussaire. Il a reconnu le plagiat et d’avoir utilisé l’IA « dans le processus de création » pour des « recherches historiques ». Mais face à l’accumulation de preuves et la persistance du doute, il a fini par admettre que sa parole ne valait plus rien. Personnellement, j’espérais, jusqu’au dernier moment, que ce n’était qu’une énième cabale contre un écrivain noir, alimentée par la clameur des réseaux sociaux. Hélas. Mais personne ne devrait se réjouir de ce qui lui arrive, car la chute d’un homme n’est pas belle à voir. Lâché de toutes parts, le voilà condamné à une longue solitude pour le reste de sa vie. Pour lui, c’était donc ça (la célébrité, les prix littéraires et la richesse) ou la mort sociale. Malheureusement, le destin lui a cruellement choisi la seconde alternative. Avant lui, d’autres écrivains ont connu le même sort. Pour s’en limiter à un seul exemple, pensons au sort réservé au Malien Yambo Ouologuem, qui connût également un double ban : celui des siens, les tenants de la négritude dont il contrarie la narration sur l’Afrique ; et un deuxième, plus tardif, de ceux qui l’ont primé avant de l’accuser de plagiat. Comme le montre Elgas dans son essai intitulé « Les bons ressentiments : essai sur le malaise post-colonial » (Riveneuve, 2023, 219 p.), la littérature est le champ par excellence de l’accusation. Le roman francophone, dit-il, recèle de cadavres enfouis sous terre. D’autres écrivains n’ont pas été accusés de plagiat, mais de bien pire. Après la publication de son roman « Les Versets sataniques » en 1988, l’écrivain indo-britannico-américain Salman Rushdie a vécu plusieurs années sous protection policière après que l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, guide suprême de l’Iran, ait émis une fatwa appelant à son assassinat. Le 12 août 2022, il est grièvement poignardé lors d’une conférence à Chautauqua dans l’État de New York, une attaque qui lui fait perdre l’usage d’un œil. Dans le monde chrétien, pendant des siècles, des milliers d’écrivains ont vu leurs livres interdits par le Vatican pour hérésie, immoralité ou critique du pouvoir. Sur cette liste d’écrivains « mis à l’index », on retrouve des noms célèbres comme Honoré de Balzac, Émile Zola, Jean-Paul Sartre, Stendhal, René Descartes, Jean-Jacques Rousseau, Denis Diderot, Baruch Spinoza, etc. D’autres (Tolstoï, Martin Luther, Alberto Maravia) ont été purement excommuniés. Pour en revenir à l’affaire Thélyson Orélien, je suis d’accord avec lui lorsqu’il dit qu’on ne devrait jamais menacer de mort quelqu’un à cause de ses écrits. « Ce que je suis en train de vivre, c’est énorme, ça a dépassé le cadre littéraire, ça va trop loin », a alerté l’auteur. Pour autant, le plagiat reste un acte déshonorant, qui jette le discrédit sur son auteur et le ridiculise aux yeux du public. Pour les auteurs de l’Antiquité, les plagiaires étaient assimilés à des « voleurs d’enfants d’autrui ». À l’heure de l’IA, le phénomène a pris une dimension beaucoup plus inquiétante, posant même le débat sur l’avenir de la littérature. Le débat est loin d’être clos puisque là où d’autres traquent l’IA à coup de détecteurs qui parfois se contredisent, des entrepreneurs ont lancé, le 21 octobre dernier, un nouveau prix littéraire pour récompenser une œuvre coécrite avec l’IA. Baptisé prix Pascal, il est ouvert « à toute personne qui écrit en français, partout dans la francophonie, sans condition de nationalité ni de résidence, sans éditeur ». seydou.ka@lesoleil.sn
Écrire est un acte grave. On peut même dire que c’est une affaire de vie ou de mort. L’écrivain canadien d’origine haïti




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