Discret, influent et habitué aux missions délicates, Mamadou Diagna Ndiaye a traversé près de deux décennies au sommet du mouvement sportif sénégalais. Des terrains de tennis à la normalisation du football, jusqu’à l’organisation des premiers Jeux olympiques de la Jeunesse en Afrique, son parcours est celui d’un homme qui a souvent été appelé lorsque les défis semblaient difficiles à relever. Il n’est pas de ceux qui recherchent la lumière. Mamadou Diagna Ndiaye préfère les coulisses aux projecteurs, les échanges aux grandes déclarations. Mais son nom revient régulièrement lorsqu’il est question de dossiers sportifs sensibles ou de rendez-vous qui engagent le Sénégal. À 77 ans, le président du Comité d’organisation des Jeux olympiques de la Jeunesse (COJOJ) Dakar 2026 vient de franchir une étape majeure de son parcours. La cérémonie d’ouverture, samedi 31 octobre, au stade Abdoulaye Wade, a donné le coup d’envoi des premiers JOJ organisés sur le continent africain. Un rendez-vous historique, préparé avec le soutien de l’État et du Comité international olympique (CIO), dont il a été l’un des principaux artisans. Du tennis aux premiers défis du football Avant d’être l’un des visages de l’olympisme sénégalais, Mamadou Diagna Ndiaye s’est construit dans les affaires et la finance. Mais le sport occupe très tôt une place importante dans son parcours. Le tennis lui ouvre les portes de l’administration sportive. Il préside la Fédération sénégalaise de tennis, puis la Confédération africaine. Son expérience et ses réseaux le conduisent également à travailler auprès de Francesco Ricci Bitti, alors président de la Fédération internationale de tennis, et du Conseil international du sport militaire. En 2006, il prend la tête du Comité national olympique et sportif sénégalais (CNOSS), succédant à Abdoulaye Sèye Moreau. Il s’installe alors durablement au cœur du mouvement sportif national. Deux ans plus tard, une nouvelle mission, autrement plus délicate, lui est confiée. En 2008, le Sénégal revient de la débâcle de Tamalé à la CAN. Plutôt que de dissoudre la Fédération sénégalaise de football (FSF), le président Abdoulaye Wade choisit de retirer la délégation de pouvoir qui lui avait été accordée. Privée du soutien financier de l’État, la FSF s’essouffle et les membres de son comité directeur démissionnent un à un. Zurich, siège de la FIFA, est prise de court : aucune suspension ne peut frapper le Sénégal. Un Comité de normalisation est alors mis en place. Mamadou Diagna Ndiaye en prend la tête, avec Saër Seck comme adjoint. Le chantier est vaste : revoir les textes, remettre les compétitions sur les rails et préparer le retour à une gouvernance élue. Au terme de quinze mois de travail, le comité passe le témoin. Le 30 août 2009, Me Augustin Senghor est élu à la tête de la FSF. La Ligue sénégalaise de football professionnel s’inscrit également dans cette nouvelle organisation. Diagna Ndiaye aura ainsi contribué à remettre en place les fondations institutionnelles d’un football qui cherchait alors un nouveau souffle. Un siège dans l’olympisme mondial, puis Dakar Le chemin vers le CIO n’a pourtant pas été rectiligne. En 2013, une double candidature sénégalaise, la sienne et celle de l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye, fait perdre au pays une place qu’il pouvait récupérer. Le Sénégal est retiré de la course. Mais ce n’était que partie remise : le 3 août 2015 à Kuala Lumpur (Malaisie), Mamadou Diagna Ndiaye entre au comité exécutif du CIO. Il devient le quatrième Sénégalais à y siéger, après Kéba Mbaye, Lamine Diack et Youssou Ndiaye. Au sein de l’olympisme mondial, il met notamment son expérience au service des commissions du sport et de l’environnement et des relations internationales. Cette position, ajoutée à son rôle à la tête du CNOSS, lui donne une place importante dans le mouvement olympique international. Le 8 octobre 2018, à Buenos Aires, le Sénégal est choisi à l’unanimité pour accueillir les JOJ de 2022. Une décision historique : pour la première fois, un événement olympique doit se tenir en Afrique. Dans cette candidature, Mamadou Diagna Ndiaye joue un rôle de premier plan. Il porte le projet, mobilise ses relations au sein des instances sportives et défend la capacité du Sénégal à accueillir un rendez-vous de cette dimension. La pandémie de Covid-19 bouleverse ensuite le calendrier. D’un commun accord avec le CIO, les Jeux sont reportés de 2022 à 2026. Le délai supplémentaire impose de reprendre le travail, de maintenir la mobilisation et de conduire le projet jusqu’à son aboutissement. À la tête du COJOJ, Diagna Ndiaye poursuit la mission. L’ouverture du 31 octobre marque aujourd’hui un premier jalon décisif : Dakar accueille les premiers JOJ d’été organisés sur le sol africain. Le rendez-vous est lancé, même si les Jeux se poursuivent jusqu’au 13 novembre. L’heure de passer le témoin Au-delà des fonctions sportives, Mamadou Diagna Ndiaye est aussi un homme de réseaux, familier des milieux économiques et des cercles internationaux. Son parcours l’a conduit à exercer des responsabilités de conseiller auprès de chefs d’institutions sportives et du président de la République Macky Sall, notamment sur les questions d’investissement et de stratégie. Financier, dirigeant, diplomate du sport à sa manière, il a cultivé des relations qui dépassent largement les frontières sénégalaises. Cette capacité à parler à des interlocuteurs différents constitue l’un des ressorts de son influence. À la tête du CNOSS depuis 2006, il aura consacré près de vingt ans à la conduite de l’olympisme sénégalais. Réélu à cinq reprises, il a annoncé, en mars dernier, qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat. La prolongation de sa présidence jusqu’au 22 décembre 2026 doit permettre d’assurer la continuité pendant les Jeux. Une page s’apprête donc à se tourner. Son héritage ne se résumera pas à une succession de fonctions ou à un siège au CIO. Il se mesurera aussi à la place désormais occupée par le Sénégal dans le mouvement olympique mondial, à l’expérience acquise par les acteurs nationaux et aux infrastructures laissées au pays. L’homme qui a accompagné le sport sénégalais dans plusieurs de ses moments charnières arrive au terme d’un cycle. Pour celui qui a souvent été sollicité lorsque les défis se présentaient, Dakar 2026 aura été, sans doute, le plus emblématique de tous. Par Cheikh Gora DIOP

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Discret, influent et habitué aux missions délicates, Mamadou Diagna Ndiaye a traversé près de deux décennies au sommet d