Après un long retrait médiatique, depuis la présidentielle de mars 2024, Idrissa Seck, président du parti Rewmi, est annoncé devant la presse, le 27 octobre. Une prise de parole qui ne manque pas d’alimenter plusieurs supputations. Stratégie délibérée ou simple continuité dans sa manière de faire de la politique? Une ascension construite dans la stratégie La trajectoire d’Idrissa Seck est étroitement liée à celle d’Abdoulaye Wade et du Parti démocratique sénégalais (PDS). Au lendemain de l’alternance de 2000, il apparaît comme l’un des principaux héritiers politiques du nouveau Président. Mais cette proximité, qui semblait le placer sur une voie royale, finit par nourrir des rivalités au sein du parti au pouvoir. La rupture avec Wade, suivie de son départ du PDS et de la création de Rewmi, ouvre une période de confrontation particulièrement éprouvante. Son emprisonnement, puis sa libération à la faveur d’un non-lieu, ne l’éloignent pas durablement de la compétition politique. Bien au contraire, Idrissa Seck revient dans l’arène avec l’ambition de s’imposer comme une alternative crédible au pouvoir libéral. À la présidentielle de 2007, il obtient 510 922 voix, soit 14,92 % des suffrages exprimés, et se classe deuxième derrière Abdoulaye Wade, réélu dès le premier tour avec 55,90 %. Ce résultat confirme alors son poids dans l’opposition et nourrit l’idée qu’il pourrait, à terme, accéder à la magistrature suprême. À cette époque, Idy ne se contente pas d’observer la scène politique. Il occupe l’espace médiatique, notamment à travers les enregistrements connus sous le titre « Lui et moi », diffusés par séquences et abondamment commentés. Sa parole devient un instrument de positionnement, lui permettant d’entretenir sa présence dans le débat public et de consolider son image d’adversaire de premier plan. 2012, le silence rompu par la contestation À l’approche de la présidentielle de 2012, Idrissa Seck adopte de nouveau une posture plus discrète. Son retour dans le débat politique s’accélère lorsque le projet de troisième candidature d’Abdoulaye Wade suscite une vive contestation. Il rejoint alors les rangs des opposants mobilisés contre cette perspective et participe à la séquence politique qui précède la fin du régime libéral. Mais, contrairement à 2007, son influence électorale s’érode. Au premier tour du scrutin de 2012, Idrissa Seck recueille 212 853 voix, soit 7,86 % des suffrages exprimés, se classant derrière plusieurs figures de l’opposition. Macky Sall, arrivé deuxième avec 26,58 %, parvient à fédérer les forces opposées à Wade et remporte le second tour avec 65,80 % des voix. En 2012, si Idrissa Seck a contribué à la contestation du régime sortant, c’est Macky Sall qui a su transformer la dynamique politique en une majorité présidentielle. 2019 entre alliance et opposition, une influence préservée À l’arrivée de Macky Sall au pouvoir, Idrissa Seck choisit le compagnonnage avec le nouveau Président. Cette alliance permet à plusieurs de ses proches de rejoindre les sphères de responsabilité, au gouvernement comme à la tête de structures publiques. Mais l’entente ne résiste pas durablement aux divergences politiques. Après environ un an de rapprochement, les deux hommes prennent leurs distances et le président de Rewmi retrouve les rangs de l’opposition. Ses interventions publiques, parfois incisives, ne suffisent toutefois pas à faire de lui le principal animateur de la contestation. Idrissa Seck semble alors privilégier une présence intermittente, intervenant à des moments choisis plutôt que de maintenir une exposition médiatique constante. Cette posture prend une nouvelle dimension à l’approche de la présidentielle de 2019. L’absence de Karim Wade, écarté de la course électorale dans un contexte judiciaire controversé, et celle de Khalifa Sall, lui aussi empêché de concourir après sa condamnation, contribuent à redessiner le rapport de forces dans l’opposition. Idrissa Seck parvient alors à fédérer plusieurs sensibilités autour de sa candidature, avec notamment le soutien de Khalifa Sall. Le pari est payant sur le plan électoral. Il obtient 899 556 voix, soit 20,51 % des suffrages, et termine deuxième derrière Macky Sall, réélu dès le premier tour avec 58,26 %. Ce score constitue sa meilleure performance à une présidentielle en nombre de voix et en pourcentage depuis son entrée dans la compétition nationale. 2024, victime de la polarisation politique La présidentielle de mars 2024 marque, en revanche, un tournant majeur. Après avoir cheminé avec Macky Sall et occupé la présidence du Conseil économique, social et environnemental, Idrissa Seck se présente finalement sous les couleurs de Rewmi. Le scrutin lui réserve un résultat particulièrement faible. Il ne recueille que 40 286 voix, soit 0,90 % des suffrages exprimés. Bassirou Diomaye Faye remporte l’élection dès le premier tour avec 54,28 %, devant Amadou Ba, crédité de 35,79 %. À eux deux, les deux premiers de cette élection concentrent un peu plus de 90 % des suffrages exprimés. Pour Idrissa Seck, le contraste est saisissant. En l’espace de quinze ans, son score est passé de 20,51 % en 2019 à moins de 1 % en 2024. Certes, le scrutin s’inscrit dans une configuration particulière, marquée par la forte polarisation entre les deux principaux candidats. Mais l’ampleur du recul pose inévitablement la question de son ancrage électoral, de sa capacité de mobilisation et de la lisibilité de son positionnement politique. Le silence comme strtaegie politique ? La prise de parole annoncée d’Idrissa Seck pour le 27 octobre s’inscrit dans un contexte particulier. Depuis la présidentielle de 2024, Idrissa Seck s’est fait particulièrement discret dans l’espace public. Ce retrait rappelle d’autres périodes de sa carrière, au cours desquelles il a alterné longues phases de réserve et interventions destinées à peser sur le débat national. Faut-il y voir une stratégie savamment orchestrée ? Il serait hasardeux de l’affirmer sans connaître les intentions du principal intéressé. Une chose demeure, la rareté de ses interventions entretient l’attente autour de chacune de ses apparitions. Mais cette attente médiatique ne saurait être confondue avec une influence électorale effective. O.BA
Une ascension construite dans la stratégie La trajectoire d’Idrissa Seck est étroitement liée à celle d’Abdoulaye Wade e





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