En renonçant au passage de la Coupe d’Afrique des nations à un cycle de quatre ans, la CAF revient sur une réforme qui avait suscité de nombreuses réserves. Ce revirement constitue un revers pour la vision de Gianni Infantino, sans pour autant remettre en cause le soutien politique que Patrice Motsepe continue de lui témoigner. Entre fidélité institutionnelle et défense des intérêts africains, le président de la CAF joue l’équilibre. Le projet n’aura finalement pas résisté à l’épreuve des réalités du football africain. Le 29 octobre, le Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF) a décidé, à l’unanimité, de rétablir la Coupe d’Afrique des nations (CAN) tous les deux ans. Un an après avoir annoncé son passage à une périodicité quadriennale, l’instance continentale fait machine arrière. Derrière ce revirement se dessine un choix qui dépasse la seule question du calendrier : préserver une compétition qui constitue le principal levier sportif, économique et populaire du football africain. Cette volte-face peut-elle être interprétée comme un désaveu pour Gianni Infantino ? Sans attribuer directement au président de la FIFA la paternité de cette réforme, difficile de ne pas voir dans cette décision un revers pour sa vision du football international. Le passage à une CAN tous les quatre ans s’inscrivait dans une réorganisation du calendrier mondial, avec la création annoncée d’une Ligue des Nations africaine destinée à occuper les années intermédiaires. Une formule censée offrir davantage de visibilité aux sélections tout en libérant de l’espace dans un calendrier international de plus en plus encombré. Mais la promesse ne suffisait pas à convaincre. La nouvelle compétition aurait nécessité plusieurs années avant de produire des recettes comparables à celles de la CAN. Pour la CAF et ses 54 associations membres, le risque était considérable : sacrifier une compétition dont la valeur commerciale et populaire est éprouvée au profit d’un projet dont les retombées financières restaient incertaines. Infantino fragilisé, Motsepe entre deux exigences Le contexte international donne une dimension supplémentaire à ce revirement. Gianni Infantino n’aborde plus les discussions avec les confédérations dans la même position de force. Le projet de commercialisation des droits de la FIFA, notamment à travers l’entrée envisagée d’investisseurs privés dans une partie des droits commerciaux de ses compétitions, a suscité des interrogations et une vive opposition, particulièrement du côté de l’UEFA. Dirigée par Aleksander Čeferin, la confédération européenne s’est opposée à certaines orientations de la FIFA et a réclamé davantage de transparence dans la gestion de ses intérêts commerciaux. Cette confrontation a révélé des divergences profondes au sommet du football mondial. Dans ce contexte, le retour à une CAN biennale apparaît comme un revers pour le projet de réorganisation du calendrier international. L’Afrique, longtemps considérée comme un soutien politique important d’Infantino, entend-elle désormais faire entendre davantage sa voix ? La question mérite d’être posée, même si Patrice Motsepe s’est empressé de dissiper toute idée de rupture. « Nous avons dit très clairement que nous soutenons Gianni Infantino », a déclaré le président de la CAF. Cette mise au point est révélatrice. Motsepe ne souhaite manifestement pas que le retour à une CAN tous les deux ans soit interprété comme un désaveu personnel du patron de la FIFA. Le soutien politique demeure, mais il ne signifie pas nécessairement un alignement sur toutes ses orientations. La CAF peut continuer à entretenir une relation privilégiée avec Zurich tout en refusant une réforme qui ne répond pas suffisamment aux attentes de ses membres. Autrement dit, soutenir Infantino ne revient pas à lui abandonner la maîtrise des choix stratégiques du football africain. Patrice Motsepe a-t-il également pris la mesure des résistances au sein de sa propre instance ? Réélu en mars 2025 pour un deuxième mandat qui court jusqu’en 2029, le dirigeant sud-africain a dû composer avec les réserves des associations membres et les divergences apparues au sein du Comité exécutif. La pression interne a manifestement pesé dans la réouverture du dossier. L’unanimité affichée lors de la décision du 29 octobre traduit, en tout cas, la volonté de refermer une séquence devenue difficile à défendre. La CAN, bien plus qu’un tournoi Sur le fond, le retour à une CAN biennale répond aux réalités du football africain. Tous les deux ans, la compétition offre aux pays organisateurs une occasion de mobiliser des investissements dans les stades, les routes, les transports, l’hébergement et les équipements sportifs. Elle permet de planifier les infrastructures sur le long terme, de mutualiser les moyens entre plusieurs pays et de maintenir une dynamique touristique et économique autour du football. L’enjeu est également populaire. La CAN est un rendez-vous qui mobilise les populations bien au-delà des seuls amateurs de football. Elle anime les villes, fait vivre les commerces, stimule les médias et offre aux joueurs africains une scène où défendre les couleurs de leurs nations. Sa fréquence entretient cette ferveur et donne aux sélections des échéances régulières pour progresser, se renouveler et mesurer leur niveau. Surtout, la CAN est une affaire d’identité. Elle porte une histoire, des rivalités, des émotions et une manière propre au continent de vivre le football. La réduire à une variable d’ajustement du calendrier international reviendrait à méconnaître sa place dans l’imaginaire collectif africain. Aucune Ligue des Nations, aussi ambitieuse soit-elle, ne pouvait prétendre remplacer rapidement ce patrimoine sportif et culturel. Le calendrier annoncé par la CAF prévoit une édition en 2027 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, puis en 2028, dans un pays qui reste à désigner. Les suivantes sont programmées en 2031 et 2033, afin de tenir compte de la Coupe du monde 2030. Le rythme ne sera donc pas strictement biennal sur toute la période, mais le principe d’une CAN régulière est préservé.

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Réélu en mars 2025 pour un deuxième mandat qui court jusqu’en 2029, le dirigeant sud-africain a dû composer avec l