À 19 ans, on joue d’ordinaire pour se faire un nom. Lamine Yamal, lui, joue pour entrer dans l’histoire du Ballon d’Or. Avec 25 buts et 21 passes décisives cette saison, l’attaquant du FC Barcelone arrive à la cérémonie avec un bilan impressionnant : 46 contributions offensives qui parlent pour lui. S’il l’emporte, il deviendra le plus jeune lauréat de tous les temps, et sa précocité n’aura presque pas d’équivalent dans le football. Son armoire à trophées est déjà bien remplie : champion d’Espagne, vainqueur de la Supercoupe d’Espagne, champion du monde avec la Roja, sans oublier les titres de meilleur joueur et de meilleur passeur de Liga. Peu de joueurs peuvent en dire autant à son âge. Le Mondial a changé la dimension de son parcours. Sur la route du sacre espagnol, les sélections de Cristiano Ronaldo, Kylian Mbappé et Lionel Messi sont tombées l’une après l’autre. Lui qui admirait ces légendes se rapproche désormais de leur statut. Déjà deuxième du Ballon d’Or en 2025, il se présente cette fois avec de sérieux arguments. Le record est d’ailleurs à sa portée. Ronaldo Nazário l’avait remporté en 1997 à 21 ans et 96 jours. Yamal, lui, pourrait devenir le premier adolescent inscrit au palmarès. Ses performances individuelles, ses distinctions en Liga et ses titres collectifs plaident pour lui. Les critères de France Football vont dans le même sens. Le premier porte sur les performances individuelles et le caractère décisif du joueur : avec ses 25 buts et ses 21 passes, Yamal pèse lourd. Le deuxième regarde les résultats collectifs et les trophées, le troisième, la classe et le fair-play. Sur ces trois terrains, il a de quoi défendre sa candidature. Un trophée majeur lui manque pourtant, la Ligue des champions. Un sacre européen aurait fait taire les débats. Reste à savoir si ce vide pèsera plus lourd que le reste de son bilan. Harry Kane, lui, n’est pas là pour faire de la figuration. L’attaquant du Bayern Munich a signé 73 buts en 65 matches, soit plus d’un but par rencontre, glané plusieurs titres et décroché un deuxième Soulier d’or européen. Il rêve de devenir le premier Anglais sacré depuis Michael Owen, en 2001. Mais sa saison a aussi connu des revers : le Bayern est tombé en demi-finale de la Ligue des champions, et l’Angleterre a été battue par l’Argentine de Messi au Mondial 2026. Malgré toute son efficacité, Kane devra convaincre les jurés que ses chiffres suffisent. Mbappé, de son côté, ne manque pas d’arguments. Il termine meilleur buteur de Liga avec 25 réalisations, de la Ligue des champions avec 15 buts et de la Coupe du monde avec 10 buts, devant Messi et ses huit. Cela fait cinquante buts cumulés dans ces trois compétitions, un total qui force le respect. Seulement, le Real Madrid n’a remporté aucun trophée majeur et les Bleus ont terminé quatrièmes du Mondial. Ses buts suffiront-ils à compenser ? Et Léo Messi dans tout ça ? L’Argentin n’a certes pas soulevé la Coupe, mais son Mondial vaut mieux qu’une simple figuration. Ses huit buts le placent juste derrière Mbappé au classement des buteurs, et c’est son Argentine qui a barré la route de Kane et de l’Angleterre. Un tel parcours peut peser dans l’esprit des jurés et lui offrir une place sur le podium, derrière ou au milieu des trois favoris. Tout le débat tient finalement en une question : que doit récompenser le Ballon d’Or ? La régularité d’un buteur hors norme, l’addition des trophées, ou la fulgurance d’un talent qui bouscule les codes ? Chacun des trois candidats incarne une réponse différente. Les 100 jurés trancheront lundi soir, au London Palladium, lors de la 70e cérémonie. Pour la première fois, l’événement quitte Paris pour Londres, un clin d’œil à Stanley Matthews, premier lauréat en 1956, dont le sacre remonte à exactement 70 ans. In fine, les jurés auront le dernier mot. Aux amateurs de football, de faire leurs jeux. cheikhgora.diop@lesoleil.sn
À 19 ans, on joue d’ordinaire pour se faire un nom. Lamine Yamal, lui, joue pour entrer dans l’histoire du Ballon d’Or.






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