La planification spatiale demeure un levier fondamental pour structurer les territoires, anticiper les mutations et amorcer un développement durable. Face aux urgences actuelles, l’urbaniste et géomarketeur Daouda Thiandoum tire la sonnette d’alarme. D’après lui, aujourd’hui au Sénégal, moins de 10% des 558 communes sénégalaises disposent d’un document de planification spatiale, et à peine 23% des collectivités locales, y compromis ont un document de planification socio-économique. La planification spatiale peut être perçue comme une action publique visant à organiser le développement des territoires de manière stratégique et cohérente, en répartissant populations, activités, équipements et infrastructures sur un territoire spécifique pour assurer un développement équilibré, durable et harmonieux. Elle repose principalement sur deux disciplines à savoir l’aménagement du territoire et l’urbanisme. C’est pourquoi le professeur Jean Giraldon affirmait qu’il ne s’agit de rien d’autre que de la manière dont un pouvoir agencera son espace. À titre illustratif, Daouda Thiandoum, urbaniste et géomarketeur rappelle qu’au Sénégal, l’État central reconnaît que la planification spatiale doit être liée à la planification socio-économique. Il a ainsi mis en place dès 1961 le Bureau de l’aménagement des terroirs et des villages (Batv), qui a ensuite été transformé en service de l’aménagement du territoire (Sar) en 1962, puis en Direction de l’aménagement du territoire (Dat) en 1967, et enfin en Agence nationale de l’aménagement du territoire (Anat) en 2009. Sur le plan technique, a-t-il révélé, des documents comme les 10 Srat, Pgat et Pnar ont été élaborés. Ainsi, il en déduit qu’avec la décentralisation en 1996 et les lois 96-06 et 96-07 du 22 mars, souvent désignées comme Acte 2, l’État a intensifié le partage du pouvoir avec les collectivités locales. À ce titre, selon l’urbaniste, les articles 314 à 319 du Code général des collectivités territoriales se concentrent sur les instruments de planification spatiale et socio-économique. « De nos jours, on constate que l’État continue d’élaborer ses deux documents stratégiques, l’un portant sur le plan spatial, le Pnadt, et l’autre sur le plan socio-économique, anciennement Pse, et actuellement “ Ant vision 2050 ”. En revanche, pour les collectivités territoriales, moins de 10% des 558 communes disposent d’un document de planification spatiale, et moins de 23%, y compris les départements, possèdent un document de planification socio-économique », a-t-il fait savoir. Pour lui, cet état de fait constitue l’une des causes fondamentales de la situation actuelle, car, en vertu des prérogatives attribuées par les mécanismes juridiques de décentralisation, elles détiennent des compétences. « Chaque jour, elles les exercent à travers des projets dispersés sur les territoires sans orientation stratégique alignée avec les politiques supérieures. Même à l’intérieur du territoire, il manque d’outils pour éclairer les choix de localisation », a-t-il ajouté. À ses yeux, en l’absence de ces documents pour un territoire, on se dirige vers une gestion à vue, une anarchie dans l’organisation de l’espace, une prolifération de taudis et de bidonvilles, une commercialisation excessive des ruelles, rues, avenues, boulevards et routes, ainsi qu’une cohabitation difficile entre différentes activités, l’occupation de zones non constructibles et une urbanisation subie, mais non contrôlée. Cependant, M. Thiandoum estime qu’on observe également une absence de maîtrise de l’information territoriale, une faible valorisation des ressources et des potentialités des territoires, ainsi que des territoires peu attractifs et compétitifs. Poursuivant, il pense que l’État a pris conscience des enjeux associés à la planification spatiale, et les collectivités territoriales doivent également s’engager dans cette dynamique. « C’est aussi vrai que l’élaboration de ces documents-cadres n’est pas gratuite et généralement les élus locaux ne reçoivent pas de manière concomitante les ressources comparées aux compétences transférées, pour ne pas dire partagées, mais ce n’est pas non plus une contrainte absolue. En effet, des partenaires techniques et financiers doivent accompagner les collectivités territoriales dans ce domaine. Il y a aussi les projets et programmes qui interviennent dans les territoires et généralement ne donnent pas d’importance à priori à l’existence d’un document de planification locale. Au vu du contexte actuel, marqué par le changement climatique et les défis conjoncturels sur le plan macroéconomique, je pense que la planification doit être un impératif pour toutes les collectivités territoriales du Sénégal », insiste-t-il. En outre, il estime qu’il faudrait indexer son financement sur les fonds de concours de la décentralisation ou trouver d’autres mécanismes de financement appropriés. Du point de vue de l’urbaniste, il est également important de noter que la présence de ces outils d’aide à la décision seule ne suffit pas. Pour justifier ses dires, il pense qu’elle doit être soutenue par des mesures incitatives et dissuasives, sinon aucune orientation ne sera suivie. Bada MBATHIE
La planification spatiale demeure un levier fondamental pour structurer les territoires, anticiper les mutations et amor


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