J’ai entrepris ce travail exploratoire -le premier du genre tant au niveau national qu’à l’échelle du continent africain- afin de mesurer l’empreinte carbone d’une campagne électorale. Mon espoir est que cette initiative contribue à faire de la donnée environnementale et carbone un nouveau critère d’évaluation dans le champ politique et électoral national, à l’instar de ce qui se pratique déjà dans plusieurs pays précurseurs. Ce qui m’a encouragé à mener cette étude, c’est l’apparition de signaux particulièrement encourageants. On observe en effet dans l’opinion publique une impression dominante selon laquelle les campagnes électorales du Parti de la Justice et du Développement (PJD) sont parmi les plus propres et les plus préservatrices de l’environnement. C’est un constat partagé par les agents de propreté, les commerçants des rues traversées par les cortèges, l’ensemble des citoyens, et même par certains de nos concurrents politiques. Tous reconnaissent que le parti ne recourt pas aux comportements habituels préjudiciables à l’environnement : pas de gaspillage, pas d’éparpillement sauvage de tracts, pas d’abandon de déchets dans l’espace public ni de nuisances sonores. C’est à partir de ces observations empiriques que j’ai posé une hypothèse scientifique, que j’ai cherché à vérifier en m’appuyant sur des outils de preuve reconnus. Cadre général et référentiels méthodologiques Ce travail s’inscrit pleinement dans les efforts du Maroc pour faire face aux enjeux du changement climatique et respecter ses engagements pris lors des Conférences des Parties (COP). Il s’aligne également sur l’orientation du PJD et son programme pour les législatives de 2026, auquel j’ai eu l’honneur de contribuer en traçant les contours d’une politique nationale en matière de climat et de carbone. Notre vision découle de la mission du parti et de son référentiel qui prône la réforme globale de la gestion publique, tout en exploitant le moment de la campagne électorale comme un exercice pédagogique national sur le respect de l’écologie. Pour réaliser ce bilan, j’ai mobilisé les règles nationales et internationales les plus rigoureuses : Méthodes internationales : la méthode Bilan Carbone® de l’ADEME (portée par l’Association Pour la Transition Bas Carbone – ABC), la méthode du GHG Protocol, ainsi que les exigences des normes ISO 14064 et ISO 14067. Facteurs d’émission : j’ai utilisé en priorité les facteurs d’émission nationaux adaptés à notre mix énergétique via l’Outil Carbone de la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement, complétés par les bases de données de l’ADEME. La méthodologie que j’ai développée s’articule autour de quatre étapes clés : – Définition du périmètre (temporel, géographique, organisationnel et opérationnel). – Collecte des données d’activité sur l’ensemble des postes d’émission. – Sélection des facteurs d’émission et calcul des quantités partagées et globales. – Évaluation de l’empreinte et élaboration d’un plan d’action de réduction et de compensation. Étude de cas : La campagne de Tinghir (Législatives du 23 septembre 2026) Mon étude de cas s’est portée sur la campagne des législatives du 23 septembre 2026 pour la circonscription locale et régionale dans la province de Tinghir. Périmètre temporel et géographique : une durée de 12 jours complets sur un territoire vaste de 13 000 km² caractérisé par une topographie rude. Périmètre opérationnel : intégration des trois périmètres d’émission (Scopes 1, 2 et 3). Données analysées : les données proviennent des rapports officiels et précis du parti (transports, imprimés et publications, communication et événements, restauration, matériel). La précision des données physiques (kilométrage, carburant, quantités de papier) a permis d’éviter le recours à des facteurs monétaires moins précis. Résultats obtenus et analyse comparative L’application stricte de cette méthodologie aboutit à un résultat global pour la campagne du PJD à Tinghir de : 6.25 tonnes CO2eq Ce chiffre est extrêmement bas, voire record, et témoigne d’une campagne très faiblement carbonée : . Du point de vue du coût carbone moyen par citoyen inscrit sur les listes électorales, il atteint seulement 36 grammes de CO2eq, comparé aux moyennes internationales situées entre 200 et 350 grammes. . De même sur le plan du rendement électoral et des voix obtenues, où l’acquisition du plus grand nombre possible de voix se fait au coût carbone le plus bas possible, soit moins de 0,5 kg de CO2eq par voix (en cumulant les voix de la liste locale et régionale). En comparaison avec certaines données locales, cette empreinte carbone obtenue est : 5 fois inférieure à l’empreinte carbone d’un seul banquet qui pourrait être organisé par une autre campagne électorale en un seul jour et pour un seul repas regroupant 1 000 invités venus de toutes les zones de la province ; 4 fois inférieure à l’empreinte d’un cortège électoral organisé lors d’une autre campagne utilisant seulement 100 voitures parcourant 400 km à travers la province en une seule journée. Le chiffre obtenu est également très significatif au regard de la superficie immense de la province (qui dépasse la superficie de quelques pays) et de la rudesse de sa topographie, éléments qui exigent normalement une empreinte carbone élevée, mais qui n’a pas dépassé dans ce cas 0,5 kg de CO2eq par km2. Ce qui donne une crédibilité supplémentaire à cette empreinte, c’est son respect des proportions entre les composantes telles que reconnues internationalement dans ce type de travaux, où par exemple l’empreinte des déplacements représente 56 % de l’empreinte globale, ce qui respecte la moyenne des ratios similaires enregistrés dans le monde (qui se situent précisément entre 40 % et 65 %). Explication des résultats : Les raisons de la sobriété Cette performance s’explique par deux niveaux de facteurs : Raisons générales et éthiques Notre démarche repose sur le référentiel de réforme, de modération, de sobriété et de lutte contre le gaspillage prôné par le parti. Cette éthique se traduit par une rigueur financière et administrative totale : sincérité des déclarations, respect strict du plafond des dépenses, absence de surfacturation et restitution des reliquats non engagés au Trésor public. Raisons techniques et opérationnelles Déplacements : Planification optimale des itinéraires, pratique de l’éco-conduite, refus des cortèges d’apparat ostentatoires, démarche de proximité (les candidats vont vers les électeurs) et exploitation des lieux de rassemblement habituels. Imprimés : Impression réalisée localement, dimensionnement scientifique du nombre de tirages basé sur le nombre de foyers, priorité aux petits formats, et surtout distribution rigoureuse de main à main bannissant tout jet de tracts sur la voie publique. Communication : Utilisation ciblée et mesurée du numérique (envois WhatsApp, par exemple) pour remplacer certains événements présentiels à forte empreinte écologique. Restauration : Repas réservés exclusivement aux militants (et non à des fins de captage d’électeurs), favorisant les circuits courts, les produits locaux de saison et la mutualisation des repas. Réemploi : Réutilisation des équipements et supports des campagnes précédentes pour réduire la production de déchets à la source. Perspective et plan de compensation Cette étude permet d’établir l’échéance de 2026 comme une année de référence pour évaluer et améliorer continuellement nos performances futures. Pour atteindre la neutralité sur cette campagne, nous avons analysé plusieurs leviers de compensation : Reboisement : Lancement d’une opération de plantation d’arbres dans un cadre et un projet bien définis, sachant que l’empreinte carbone de cette campagne électorale (6.25 tonnes CO2eq) peut être entièrement compensée par la plantation d’environ 42 arbres, sujet qui a fait l’objet d’échanges lors d’une rencontre avec les militants le 2 octobre 2026 à Tinghir. Achat de quotas carbone : Contribution aux programmes de la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement (au tarif de 200 DH la tonne), en soulignant ici le manque de visibilité quant à l’appétence et au degré de préparation des partis politiques face à de telles initiatives. Sensibilisation : Intégration de messages pédagogiques sur l‘environnement et le climat tout au long de la compagne électorale. En appliquant des méthodes scientifiques éprouvées, nous avons démontré qu’une campagne électorale peut être menée de manière sobre, propre et respectueuse de l’environnement. Cette expérience réussie à Tinghir reflète l’éthique globale du PJD et a vocation à être généralisée, prouvant que l’action politique peut devenir un levier d’exemplarité écologique pour l’ensemble du pays. *Expert-chercheur en environnement & changement climatique The post Évaluation de l'empreinte carbone d'une campagne électorale : une première expérience au Maroc appeared first on Hespress Français - Actualités du Maroc .
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