Les élections législatives en Israël, qui auront lieu demain, mardi 27 Octobre, sont très attendues dans le pays et dans l’ensemble du Moyen-Orient. Ce scrutin intervient à un moment où l’État hébreu vit toujours dans le traumatisme du 7 Octobre 2023, avec les antagonismes qu’il a réveillés au sein de la société israélienne. Politologue et analyste sur la chaîne israélienne i24News, Daniel Haïk revient, dans cet entretien, sur les chances du Premier ministre sorta nt, Benyamin Netanyahu, ainsi que les perspectives de la politique étrangère à l’issue du vote. Benyamin Netanyahu peut-il encore gagner cette élection malgré les critiques sur la gestion des événements du 7 Octobre 2023 et les guerres qui ont suivi ? Benyamin Netanyahu, historiquement, n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il est en position de faiblesse ou lorsqu’il paraît battu. À plusieurs reprises, il y a eu le sentiment que Netanyahu perdait des élections. Finalement, il les a remportées, parfois même sur le fil. Par exemple, lors de la campagne pour l’élection du Premier ministre au suffrage universel direct en 1996, il était opposé à Shimon Peres qui était donné gagnant. C’était six mois après l’assassinat d’Yitzhak Rabin, dont nous avons d’ailleurs commémoré le 31ᵉ anniversaire ces jours-ci en Israël. Shimon Peres, naturellement, aurait dû l’emporter grâce au capital de sympathie dont il bénéficiait en tant que successeur d’Yitzhak Rabin. Les Israéliens se sont couchés le soir des élections avec des fourchettes donnant Shimon Peres vainqueur et se sont réveillés, le lendemain matin, avec la victoire de Benyamin Netanyahu. Netanyahu a donc déjà réussi à inverser des tendances et des situations qui paraissaient totalement compromises pour lui. Maintenant, il est effectivement en difficulté. Nous avons le sentiment qu’une partie de sa base politique, au sein même du Likoud, l’a quitté pour rejoindre, par exemple, Gadi Eisenkot. C’est, peut-être, une partie de son électorat séfarade traditionnel, qui soutenait le Likoud depuis 20 ou 30 ans. Cette base s’est certainement dit que cela suffisait après le 7 Octobre 2023, d’autant que Netanyahu, à ce jour, n’a pas encore reconnu sa responsabilité. Par contre, il faut savoir que Netanyahu sait faire passer son message. Effectivement, il était dans ce concept erroné d’un Hamas qui aurait été dissuadé par l’armée israélienne avant le 7 Octobre 2023, dans une politique de retenue. Mais, depuis le 8 octobre 2023, il a compris qu’il s’était trompé. Il a totalement modifié la tendance et redynamisé l’armée. Netanyahu a fait de l’Armée de défense d’Israël, Tsahal, une armée offensive. Aujourd’hui, l’armée ne se contente pas de répondre aux attaques, elle prend l’initiative. C’est ce que nous avons vu en particulier au cours des trois dernières années dans la bande de Gaza, avec une doctrine extrêmement musclée et offensive, presque jusqu’au-boutiste. Cela permet aujourd’hui à l’armée de contrôler plus de 60 à 70 % du territoire de la bande de Gaza, d’être à l’offensive dans le nord avec le contrôle d’une zone de sécurité au Liban-Sud, et de faire face à l’Iran avec des milliers de raids aériens contre des cibles iraniennes lors des deux opérations en juin 2025 et en mars 2026. La montée de la droite radicale traduit-elle un durcissement durable de la société israélienne, y compris chez les jeunes électeurs ? Historiquement, chacun des conflits a provoqué un glissement de l’opinion publique israélienne de la gauche vers le centre et du centre vers la droite. L’électorat jeune, de 18 à 25 ans ou même jusqu’à 30 ans, vote plus à droite que le reste de la population israélienne. Ces jeunes ont accompli leur service militaire, souvent dans des unités combattantes. Ils ont combattu contre le Hamas et le Hezbollah. Sur le champ de bataille, il n’y a pas de politique, il y a une fraternité d’armes. Les compagnons d’armes sont beaucoup plus unis et ont donc tendance à être bien plus proches de la droite nationaliste que de la gauche traditionnelle. La logique aurait voulu qu’après le 7 octobre 2023, après deux années de guerre, la majeure partie de l’opinion publique israélienne soit clairement ancrée à la droite israélienne. Or, les sondages ne le confirment pas puisque nous voyons que l’opposition actuelle de centre-gauche a une chance de l’emporter. Même s’il s’agit d’une possibilité et non d’un gouvernement majoritaire acquis, il y a quand même une représentation assez importante d’au moins 50 députés sur les 120 de la Knesset. Mais pourquoi ce paradoxe ? Où est passée la droite ? En fait, en raison de la personnalité et de la politique de Benyamin Netanyahu, des partis de droite, qui ont été ses partenaires, se démarquent aujourd’hui de la présence du Premier ministre. C’est le cas, par exemple, du parti Israël Beiteinou d’Avigdor Lieberman, ancien secrétaire général du gouvernement sous Netanyahu, mais qui est actuellement l’adversaire le plus acharné du Premier ministre. Bien qu’étant issu de la droite nationaliste laïque, il ne soutiendrait pas un gouvernement mené par Netanyahu et se trouve aujourd’hui de facto dans l’opposition. C’est aussi un peu le cas de Naftali Bennett, le leader d’un autre parti du centre ou du centre-droit, qui conserve lui aussi une vive rancœur envers Netanyahu. Les partis arabes israéliens pourraient-ils devenir les arbitres du scrutin et contribuer à la formation du prochain gouvernement ? Il y a deux à trois grands partis arabo-israéliens. Le premier est une liste arabe commune qui rassemble les Arabes israéliens membres du parti communiste. Le deuxième est un parti laïque arabo-israélien, et le troisième est le parti Balad. Ces trois formations se sont réunies et devraient remporter autour de 8 à 9 sièges selon les sondages, mais elles focalisent leur activité quasiment à 100 % sur le dossier de la création d’un État palestinien. Nous pouvons dire que ce sont les fidèles représentants de l’Autorité palestinienne au sein de la Knesset. Ils sont Arabes israéliens, ont la nationalité israélienne et sont des citoyens à part entière, mais leur cheval de bataille absolu reste la création d’un État palestinien. C’est un projet aujourd’hui au point mort, car au moins les trois quarts des Israéliens n’en veulent pas. En outre, beaucoup soulignent actuellement que même le Hamas n’en veut pas, préférant la destruction de l’État d’Israël à la création d’un État palestinien à ses côtés. Il y a un autre parti, Ra’am, dont le leader, Mansour Abbas, a une démarche très intéressante. C’est un député qui a tranché avec les autres élus arabo-israéliens. Il a affirmé qu’il fallait cesser de se focaliser uniquement sur l’aspect nationaliste de la création d’un État palestinien pour se concentrer plutôt sur les besoins des deux millions de personnes composant la communauté arabo-israélienne, qui vivent en Israël et ont des attentes légitimes. Sa particularité est d’avoir siégé dans le gouvernement de Naftali Bennett en 2021-2022 ; ce qui a permis de conclure des accords de coalition et d’obtenir des budgets substantiels pour le secteur arabo-israélien. Toutefois, cet homme apparemment très modéré et favorable à une intégration de sa communauté dans la société, présente une particularité idéologique : il est un pur produit de l’idéologie des Frères musulmans et du mouvement islamiste en Israël. Au-delà d’un éventuel changement de Premier ministre, ces élections peuvent-elles modifier la politique étrangère israélienne à l’égard du Moyen-Orient et des États-Unis ? La guerre a profondément modifié la relation entre Israël, sa région et l’ensemble du Moyen-Orient. Elle a prouvé qu’Israël était la principale puissance militaire de la région, permettant, par exemple, de nouer des alliances stratégiques avec les États-Unis pour contrer l’Iran ; ce qui était inimaginable auparavant. Cela démontre, comme le soulignent les généraux américains, que l’armée israélienne reste au-dessus du lot. Cette armée, qui avait montré des défaillances le 7 Octobre 2023, a ainsi rehaussé la capacité de dissuasion de l’État d’Israël dans la région. Lorsque vous bénéficiez d’une force de dissuasion renforcée, cela favorise les alliances. Un rapprochement très net s’est opéré ces dernières années dans le sillage des accords d’Abraham. Ces accords, conclus avant la guerre, se sont maintenus pendant le conflit. La problématique résidait dans le fait qu’avant le 7 Octobre, une normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite était espérée et se trouvait à deux doigts de se concrétiser en septembre 2023. Le Hamas et le Hezbollah ont tenté de torpiller ce processus et ont, en grande partie, réussi en le retardant. Cependant, des contacts persistent entre les deux pays, notamment des échanges de renseignements, sur fond d’un ennemi commun qu’est l’Iran. Après les élections de mi-mandat aux États-Unis, la tendance laisse présager un cheminement vers une normalisation, peut-être à petites doses, car l’Arabie saoudite reste soucieuse de donner des gages aux Palestiniens et à l’Autorité palestinienne en déclarant vouloir œuvrer pour la création d’un État palestinien. Mais, sur le fond, l’Arabie saoudite sait qui est son meilleur allié. Nous l’avons vu lors des attaques des Houthis. Les Saoudiens savent que les Israéliens peuvent leur apporter un soutien déterminant. Entretien réalisé par Oumar NDIAYE
Benyamin Netanyahu, historiquement, n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il est en position de faiblesse o






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