Accès au financement, mobilité, infrastructures inadaptées et difficultés d’accès aux marchés : au Sénégal, les personnes en situation de handicap font face à de nombreux obstacles pour entreprendre. Le parcours de Penda Cissokho, fondatrice de Mburaké, illustre les défis d’une inclusion économique encore à consolider. Créer et développer une entreprise exige des moyens financiers, des compétences et un accès aux marchés. Pour les personnes en situation de handicap, ces exigences se doublent souvent de contraintes qui compliquent leur parcours entrepreneurial. À 23 ans, Penda Cissokho en fait l’expérience. Fondatrice de Mburaké, une entreprise de production et de vente de pâte d’arachide et de chapelure, elle a construit son activité malgré les difficultés liées à sa mobilité et à son environnement. Se déplaçant en fauteuil roulant, la jeune entrepreneure doit surmonter des obstacles qui affectent directement son organisation et ses perspectives de croissance. « Lorsque je dois participer à un événement, j’ai souvent besoin de quelqu’un pour m’aider à me déplacer, et beaucoup de lieux où je suis invitée ne sont pas accessibles aux personnes en situation de handicap », témoigne-t-elle. Les contraintes d’accessibilité ont également des conséquences sur ses coûts de production. Après le départ de la personne qui l’aidait à moudre les arachides, elle doit désormais recourir à un livreur pour acheminer les matières premières au moulin et récupérer les produits transformés. Une dépense supplémentaire qui pèse sur une activité en développement. « Ma principale difficulté est liée à ma mobilité et à mon lieu de résidence », souligne-t-elle. Au-delà des déplacements, les entrepreneurs en situation de handicap peuvent rencontrer des difficultés d’accès à la formation, au financement, aux technologies d’assistance et aux réseaux professionnels. Autant de freins susceptibles de limiter leurs investissements, leur production et leur accès à de nouveaux clients. L’expérience de Penda Cissokho montre toutefois l’importance de l’accompagnement. Grâce aux initiatives de la Fédération sénégalaise des associations de personnes handicapées (FSAPH) et au programme We Can Work de la Fondation Mastercard, elle a bénéficié de formations et d’un financement pour développer son entreprise. « Les formations m’ont aidée à renforcer ma confiance en moi, mon leadership et mes compétences en communication, tandis que le financement m’a permis de développer mon activité », explique-t-elle. Pour Fatou Kiné Ndiaye, conseillère en inclusion à la FSAPH, l’appui individuel ne suffit pas. Les programmes doivent intégrer l’accessibilité dès leur conception, en adaptant les formations, les modalités de recrutement et les mécanismes de financement. « Entrer en contact avec un jeune en situation de handicap ne suffit pas si le lieu de formation est inaccessible, si les supports pédagogiques ne sont pas adaptés ou si aucun budget n’est prévu pour des aménagements raisonnables », insiste-t-elle. L’enjeu est d’autant plus important que, selon les données de l’Organisation internationale du Travail citées par la FSAPH, en 2022, 62,6 % des jeunes en situation de handicap au Sénégal n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation, contre 33,5 % des jeunes sans handicap. Pour lever ces obstacles, les pouvoirs publics, les entreprises et les partenaires au développement doivent favoriser l’accès aux infrastructures, aux financements et aux espaces de commercialisation. « La détermination de jeunes femmes comme Penda est essentielle, mais elle ne peut, à elle seule, compenser l’inaccessibilité des infrastructures, les discriminations ou le manque d’opportunités », rappelle Fatou Kiné Ndiaye. Penda Cissokho, elle, veut poursuivre le développement de Mburaké et encourage les autres jeunes femmes à croire en leur potentiel. « Les difficultés sont réelles, mais elles ne définissent pas ce que vous pouvez accomplir. Il faut continuer à croire en vous et en votre capacité à réussir », affirme-t-elle. Oumar FEDIOR

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Accès au financement, mobilité, infrastructures inadaptées et difficultés d’accès aux marchés : au Sénégal, les personne