Le Sénégal dispose d’un potentiel humain considérable, caractérisé par l’extrême jeunesse de sa population. Selon les résultats du RGPH-5, les personnes âgées de moins de 35 ans représentaient 75 % de la population résidente en 2023. Cette structure démographique constitue à la fois un défi majeur et une opportunité historique : celle de transformer une population jeune et nombreuse en un véritable dividende économique et social. L’enjeu ne réside pas uniquement dans la capacité de l’économie à créer des emplois en nombre suffisant ; Il concerne également la capacité des jeunes à accéder à ces emplois, à les exercer avec efficacité, à s’y maintenir et à évoluer avec les transformations de l’économie. Au premier trimestre 2026, le taux de chômage élargi était de 28,4 % chez les jeunes de 15 à 34 ans ; 34,1 % des jeunes de 15 à 24 ans n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation. Le défi est donc double : créer des opportunités économiques et mettre les personnes en capacité de les saisir, de les valoriser et d’en créer de nouvelles. De nombreuses initiatives publiques, privées et partenariales contribuent déjà au Sénégal à la formation, à l’insertion professionnelle, à l’entrepreneuriat et à la création d’emplois. Leur existence témoigne de la mobilisation des différents acteurs autour de cette question. Toutefois, l’ampleur et la persistance du défi appellent une réponse qui articule deux horizons complémentaires. Le premier est celui de l’emploi et de l’activité, y compris, lorsque cela est pertinent, au moyen d’opportunités temporaires permettant d’offrir rapidement des perspectives aux jeunes et de réduire la pression sociale liée à l’absence de débouchés. Le second, déterminant pour la durée, est celui de l’apprentissage professionnel massif et du développement des compétences-métiers. Le RGPH-5 indique qu’un Sénégalais sur dix seulement, parmi les 15-59 ans, a bénéficié d’une formation professionnelle. Une stratégie durable ne peut donc pas se limiter à créer des emplois : elle doit simultanément préparer les femmes et les hommes appelés à les occuper et à créer demain de nouvelles activités productives. C’est dans cette perspective que l’Initiative pour l’Emploi et l’Employabilité des Jeunes au Sénégal (EEJS) propose un changement de paradigme. L’EEJS ne se présente pas comme un programme supplémentaire qui vient s’ajouter aux dispositifs existants. Elle propose plutôt de considérer l’emploi, l’employabilité et le développement des compétences comme les dimensions complémentaires d’un processus plus large de bonification du capital humain. Dans l’EEJS, la bonification du capital humain désigne le processus par lequel les connaissances, les compétences, l’expérience et les capacités productives des personnes sont progressivement renforcées et valorisées, afin d’accroître leur employabilité, leur productivité et leur capacité à créer de la valeur. L’enjeu n’est donc pas seulement de préparer les jeunes à occuper les emplois existants, mais de développer une main-d’œuvre capable de répondre aux transformations de l’économie, d’en saisir les opportunités et, à terme, d’en créer de nouvelles. La formation et l’apprentissage professionnels doivent, dans cette perspective, être envisagés à une échelle beaucoup plus large et plus diversifiée, autour d’un portefeuille étendu de compétences-métiers, correspondant aux besoins actuels et futurs de l’économie, des entreprises et des territoires. Cette conception s’inscrit dans une approche du développement désormais largement reconnue : la Banque mondiale définit le capital humain à travers les connaissances, les compétences et la santé accumulées au cours de la vie, et considère l’investissement dans les personnes, les compétences et l’emploi comme un levier essentiel du développement économique et social. Son Human Capital Project a été lancé en 2017. L’EEJS entend traduire cette logique dans le contexte sénégalais, en faisant de la bonification de la main-d’œuvre un investissement stratégique de long terme. Une ambition de cette nature ne peut être portée par l’État seul Elle suppose de fédérer les capacités et les complémentarités de l’État, du secteur privé, des partenaires techniques et financiers, des organisations internationales et non gouvernementales, des institutions de formation, des organisations professionnelles, du monde académique, des acteurs territoriaux et de toutes autres parties prenantes susceptibles de contribuer au développement des compétences et des opportunités économiques. Cette mobilisation est d’autant plus importante que les petites et moyennes entreprises et, plus largement, les petites unités économiques jouent un rôle majeur dans l’emploi mondial. Selon l’OIT, les PME représentent plus de 90 % des entreprises dans de nombreux pays, tandis que les micro et petites entreprises et les travailleurs indépendants représentent environ 70 % de l’emploi mondial. L’EEJS vise ainsi à passer d’une juxtaposition d’interventions à une action collective, cohérente et durable, permettant de mieux articuler compétences, apprentissage, emploi, entrepreneuriat, productivité, innovation et développement économique. Les territoires constituent, dans cette perspective, des espaces privilégiés de valorisation des compétences et des potentialités locales. Il s’agit donc de favoriser le développement des métiers, des activités et des opportunités là où vivent les populations, en tenant compte des ressources et des vocations économiques propres à chaque territoire. Pour traduire cette nouvelle approche en action collective, l’EEJS propose d’engager un processus de concertation entre les différentes parties prenantes. Ce processus pourrait conduire, sous réserve de l’adhésion des acteurs concernés, à la création du Partenariat Global pour l’Emploi et l’Employabilité des Jeunes au Sénégal (PGEEJS). L’EEJS et le PGEEJS ne désignent pas la même réalité : l’EEJS constitue l’initiative, la vision et le changement de paradigme proposés ; le PGEEJS es le cadre partenarial appelé à résulter de la concertation engagée autour de cette initiative. Le PGEEJS aurait vocation à fédérer les parties prenantes, à organiser leurs complémentarités et à créer les conditions permettant de construire collectivement une réponse nationale intégrée, soutenable et évolutive. Les modalités précises de cette réponse, notamment en matière de programmes, de gouvernance, de financement et de mécanismes d’intervention, seraient définies ultérieurement dans le cadre du partenariat. À ce stade, l’EEJS ne sollicite pas l’adoption immédiate d’un programme ni la mise en place préalable d’un mécanisme de financement. Elle propose d’abord d’ouvrir un espace de concertation permettant aux principales parties prenantes d’examiner l’ampleur du défi, de discuter le changement de perspective proposé, d’en apprécier la pertinence et d’identifier ensemble les conditions de sa mise en œuvre. Cette démarche pourrait conduire à la préparation et à la tenue à Dakar d’un Colloque fondateur sur l’emploi et l’employabilité des jeunes au Sénégal, consacré notamment à l’examen de l’initiative, à la création éventuelle du PGEEJS, à la constitution de groupes de travail et à l’élaboration d’une feuille de route. L’ambition est de faire de la bonification du capital humain une responsabilité collective et un investissement stratégique, pour permettre à de la jeunesse sénégalaise de devenir non seulement bénéficiaire des opportunités économiques, mais aussi et surtot l’un des principaux moteurs de la création de valeur et du développement durable du pays. Au regard de l’importance stratégique de ces enjeux, il est proposé d’engager une première concertation avec les principales parties prenantes et de permettre une présentation de l’EEJS aux autorités compétentes. À cette fin, une audience de présentation et d’échange est sollicitée afin de soumettre l’initiative à l’appréciation du Gouvernement et d’examiner avec lui l’opportunité d’engager le processus de concertation devant éventuellement conduire à la création du PGEEJS et à la tenue du colloque fondateur à Dakar. Falilou Diouf
Le Sénégal dispose d’un potentiel humain considérable, caractérisé par l’extrême jeunesse de sa population. Selon les ré


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