Alors que la saison des infections respiratoires aiguës s’installe, le médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé Tayeb Hamdi appelle à une mobilisation préventive. Souvent assimilée à un simple rhume, la grippe peut pourtant entraîner des complications cardiovasculaires graves, voire mortelles. Vaccination, hygiène et solidarité envers les personnes vulnérables constituent les principaux remparts contre le virus. Chaque automne, le même scénario se répète. Avec la baisse des températures, les infections respiratoires aiguës reprennent leur progression, avec la grippe saisonnière en première ligne. Souvent considérée, à tort, comme un simple « épisode de rhume plus fort que les autres », elle représente pourtant une menace sanitaire, économique et humaine loin d’être négligeable. Dans une analyse consacrée à la prévention de cette maladie, Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération nationale de la santé (FNS), insiste sur l’urgence d’une prise de conscience collective. « Derrière l’image du coup de froid se cache une pathologie lourde de conséquences », souligne-t-il, plaidant pour une action préventive immédiate. Une infection loin d’être bénigne À l’échelle mondiale, la grippe touche chaque année environ un milliard de personnes. Elle provoque plus de cinq millions de cas sévères et entre 300.000 et 650.000 décès annuellement. Des chiffres qui contrastent avec l’image d’une maladie passagère dont il suffirait d’attendre la disparition des symptômes. La distinction avec le rhume constitue, à cet égard, un premier enjeu de sensibilisation. La grippe se caractérise par une apparition brutale des symptômes, avec une fièvre élevée, comprise entre 38 °C et 40 °C, des frissons, une toux sèche, une fatigue intense et un épuisement marqué. Elle peut également provoquer un écoulement nasal, des maux de gorge, des courbatures et, parfois, des troubles digestifs, notamment des vomissements et des diarrhées. Le rhume, causé par d’autres virus, se manifeste généralement par des symptômes plus légers, tels que de petits maux de tête et un écoulement nasal, sans fièvre ni fatigue importante. « Le rhume est bénin, contrairement à la grippe, qui peut évoluer vers des formes graves, voire mortelles », rappelle le médecin. Des complications cardiovasculaires sous-estimées La menace ne se limite pas aux poumons. Le choc inflammatoire systémique provoqué par le virus peut également favoriser des accidents cardiovasculaires majeurs. Selon les données avancées par Tayeb Hamdi, le risque d’infarctus du myocarde est multiplié par dix durant les sept jours suivant l’infection, puis reste six fois supérieur pendant les 90 jours suivants. Le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) est, quant à lui, multiplié par huit dans les 28 jours suivant l’infection. Le risque d’insuffisance cardiaque augmente également de 20 %. Autant de complications qui rappellent que la grippe peut affecter l’ensemble de l’organisme. Les personnes les plus exposées sont les plus de 65 ans, les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes, les immunodéprimés et les personnes souffrant de maladies chroniques, notamment le diabète, l’hypertension, l’asthme ou l’insuffisance cardiaque. L’obésité constitue également un facteur de vulnérabilité. Une triple protection par la vaccination La vaccination antigrippale, recommandée dès l’âge de six mois, demeure le principal outil de prévention. Elle doit être prioritaire pour les groupes à risque, mais également pour les professionnels de santé et l’entourage des personnes fragiles, afin de limiter la circulation du virus. Les nourrissons de moins de six mois ne pouvant être vaccinés, la vaccination des femmes enceintes revêt une importance particulière. Elle permet de protéger la mère et de transmettre des anticorps au bébé, notamment par le lait maternel. Après environ 80 ans d’utilisation et des milliards de doses administrées, la sécurité du vaccin est largement démontrée. Son efficacité contre l’infection varie de 50 % à 90 %, selon la correspondance entre les souches vaccinales et les virus circulants, ainsi que l’état immunitaire. Il réduit de 30 % à 80 % les formes graves et de 50 % à 80 % la mortalité chez les personnes âgées. Actualisée chaque année par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour tenir compte des mutations virales, sa composition est disponible dès le début de l’automne. Au Maroc, une saison particulièrement précoce Le Maroc n’échappe pas à cette dynamique. La grippe touche chaque année entre 15 % et 20 % de la population, sollicitant fortement les cabinets médicaux et les urgences lorsque les températures chutent. La saison 2025-2026 a été marquée par un démarrage précoce et intense. Les infections respiratoires aiguës sévères, dont la grippe, ont principalement affecté deux catégories : les enfants de moins de cinq ans, représentant environ 30 % des hospitalisations, et les adultes de 50 à 65 ans et plus, ainsi que les personnes présentant des comorbidités, qui concentrent environ 55 % des hospitalisations. Pour Tayeb Hamdi, le calendrier vaccinal mérite une attention particulière. Le vaccin nécessitant environ deux semaines pour assurer une protection optimale, octobre et novembre constituent la période idéale, avant le pic épidémique. La solidarité, une responsabilité collective Les jeunes en bonne santé ne sont pas épargnés. Si la maladie est rarement mortelle chez eux, elle entraîne généralement sept à dix jours de convalescence et une incapacité à travailler ou à étudier pendant une semaine, contribuant à l’absentéisme. Mais leur responsabilité dépasse leur propre santé. « Le jeune en bonne santé qui attrape le virus et continue de circuler devient un vecteur de transmission redoutable », avertit le médecin. Grands-parents et proches immunodéprimés peuvent ainsi être exposés à une infection potentiellement fatale. L’automne et l’hiver favorisent cette circulation : espaces clos et mal ventilés, promiscuité, fragilisation des muqueuses respiratoires par le froid et survie prolongée des virus dans l’air et sur les surfaces. La vaccination doit donc s’accompagner de gestes simples : hygiène rigoureuse des mains, aération des espaces et limitation des contacts rapprochés en cas de symptômes. « Protéger les autres commence par se protéger soi-même », conclut Tayeb Hamdi. 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