Il y a des titres qui portent malheur, et d’autres qui portent la vérité. C’était ça ou mourir, le roman de Thélyson Orélien, cumule peut-être les deux. Le 25 septembre, l’Académie Goncourt l’a retiré de sa sélection en raison de soupçons d’écriture par intelligence artificielle. L’auteur a d’abord juré. Puis, lâché par son éditeur canadien, il a fini par avouer y avoir eu recours… « pour des recherches historiques », assure-t-il, pas pour écrire. La nuance est délicate. Moins d’un mois plus tard, coup de théâtre, ou plutôt coup de prompt. En France, trois entrepreneurs de la tech lancent le prix Pascal, qu’ils présentent comme le premier prix littéraire destiné aux fictions écrites avec l’IA. Le nom est bien trouvé : Blaise Pascal, l’homme qui inventa en 1645 une machine à calculer. Près de quatre siècles plus tard, la machine ne calcule plus seulement. Elle raconte. Et elle aura bientôt sa couronne. Résumons. D’un côté, l’institution vénérable qui chasse l’intrus. De l’autre, une jeune distinction qui lui déroule le tapis rouge. Entre les deux, l’écrivain, prié de choisir son camp comme on choisit sa religion. Le pauvre Orélien n’aura été qu’un prétexte. Le débat, lui, était déjà là, tapi dans nos correcteurs orthographiques, nos traducteurs automatiques et ces « suggestions » que nos téléphones glissent sous nos pouces. Disons-le franchement : les algorithmes nous gouvernent déjà. Ils choisissent ce que nous lisons, ce que nous regardons, ce que nous achetons, et jusqu’aux mots que nous utilisons. Et l’écrivain serait-il le dernier à résister ? Je ne pense pas. Car soyons honnêtes : qui, aujourd’hui, écrit encore sans assistance ? Le romancier qui fait relire son manuscrit par un logiciel triche-t-il ? Oui celui qui demande à un chatbot un synonyme de « mélancolie » ? Je l’avoue : quand une idée me traverse, je la dicte à Claude, qui me la transcrit aussitôt en texte. Une méthode pratique, que l’IA nous a simplifiée. Suis-je pour autant moins l’auteur de mes idées ? Où commence la fraude? où finit l’outil ? Le Goncourt n’a pas répondu à ces questions. Le prix Pascal, d’ailleurs, a tout d’une start-up : on ouvre les candidatures avant d’avoir un jury, on annonce la cérémonie avant la dotation. Dépôts jusqu’au 30 novembre, remise à la mi-décembre. Le « move fast and break things » de la Silicon Valley appliqué aux belles lettres. On peut en sourire. On aurait tort d’en rire trop longtemps. Parce que la question n’est plus de savoir si l’IA écrira des livres. Elle en écrit déjà. La question est de savoir si nous aurons le courage de dire qui a écrit quoi. La transparence plutôt que la traque : voilà la seule règle tenable. Un auteur qui déclare son usage de la machine mérite d’être jugé sur son texte, pas sur un procès d’intention. Et nous, ici ? Nos jurys, nos maisons d’édition, nos concours littéraires attendront-ils, comme d’habitude, que les pays développés tranchent pour recopier la décision ? Ou oserons-nous poser nos propres règles, pour nos auteurs qui écrivent en français, en wolof ou en pulaar, et qui utilisent déjà ces outils sans le dire ? L’IA aura donc son prix littéraire. Le train est parti, et il ne fait pas marche arrière. Reste une inquiétude, la seule qui vaille : qu’un jour l’humain garde encore la signature, mais plus la plume. Ce jour-là, il ne sera plus question de choisir. Ce sera ça, ou mourir. P.-S. : cette chronique a été corrigée par l’IA. Abdou Khadir SECK
Il y a des titres qui portent malheur, et d’autres qui portent la vérité. C’était ça ou mourir, le roman de






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