Le Maroc mise sur l’intégration du transport aérien et ferroviaire pour renforcer son attractivité touristique. Le projet de liaison entre l’aéroport Mohammed-V de Casablanca et Marrakech, qui permettrait de rejoindre la ville ocre en moins de 55 minutes, s’inscrit dans un vaste programme de modernisation des infrastructures aéroportuaires, doté de 38 milliards de dirhams (MMDH). L’ambition est de faciliter l’accès des voyageurs internationaux aux principales destinations du Royaume, tout en renforçant le rôle de Casablanca comme plateforme de correspondance aérienne. Présentant le projet de budget de son département pour 2027, mardi 3 novembre, devant la commission des infrastructures, de l’énergie, des mines, de l’environnement et du développement durable à la Chambre des représentants, le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, a dévoilé les contours de cette future liaison. Le projet d’extension de l’aéroport Mohammed-V prévoit notamment la construction d’une gare ferroviaire de nouvelle génération. Les passagers pourront ainsi passer directement de l’avion au train à grande vitesse et poursuivre leur voyage jusqu’au centre de Marrakech, dans le cadre d’une meilleure articulation entre les réseaux aérien et ferroviaire. Au-delà de la réduction du temps de trajet, cette infrastructure pourrait modifier les itinéraires empruntés par les touristes internationaux pour rejoindre Marrakech. La ville ocre pourrait ainsi devenir plus accessible aux voyageurs en provenance d’Amérique et d’Asie, qui pourront acheter un billet unique couvrant le transport aérien et ferroviaire. L’objectif est notamment de limiter le recours aux correspondances dans les grands aéroports européens, comme Paris, Madrid, Barcelone ou Francfort, actuellement utilisés par certains voyageurs pour rejoindre la destination marocaine. Casablanca, future plateforme de correspondance Pour accompagner cette évolution, Royal Air Maroc développe des partenariats avec plusieurs compagnies internationales, parmi lesquelles British Airways, Turkish Airlines, Iberia et American Airlines . Le ministre a également évoqué l’accord « AccesRail », qui permet d’intégrer les trajets en avion, en train et en bus dans une même offre de transport. Ce dispositif devrait être étendu au Maroc, grâce à l’intégration du réseau de l’Office national des chemins de fer (ONCF). La nouvelle organisation envisagée repose sur une répartition des flux entre les deux principaux aéroports concernés. Casablanca pourrait accueillir une partie des vols long-courriers, tandis que Marrakech-Ménara continuerait à recevoir les vols court et moyen-courriers, notamment ceux en provenance des marchés européens. Cette complémentarité permettrait de réduire la pression sur l’aéroport de Marrakech, tout en consolidant la position de Casablanca comme hub international. Elle faciliterait également les déplacements des touristes vers les différentes destinations du Royaume. Une enveloppe de 38 MMDH pour les aéroports La liaison ferroviaire s’inscrit dans la stratégie « Aéroports 2030 », qui mobilise une enveloppe globale de 38 MMDH. Sur ce montant, 25 milliards sont consacrés aux projets de développement et d’extension, tandis que 13 milliards sont réservés à la maintenance et à l’acquisition de terrains. L’objectif affiché par les autorités est de doubler la capacité d’accueil des aéroports marocains, qui passerait d’environ 40 millions à 80 millions de passagers par an à l’horizon 2030. Les travaux engagés dans les principales plateformes du pays affichent toutefois des niveaux d’avancement différents. À fin septembre 2026, le taux de réalisation des projets d’extension atteignait 14 % à l’aéroport Mohammed-V de Casablanca, 15 % à Marrakech-Ménara, 18 % à Tanger-Ibn Battouta et 16 % à Agadir-Al Massira. À Fès-Saïss, ce taux s’établissait à 4 %. En revanche, la construction de la nouvelle aérogare de Rabat-Salé est achevée à 100 %, son ouverture restant attendue. Casablanca, Marrakech, Tanger : les capacités en hausse Le chantier de l’aéroport Mohammed-V constitue l’un des principaux investissements de cette stratégie. Doté de 15 milliards de dirhams, il doit permettre de porter sa capacité annuelle de 14 à 34 millions de passagers. Les travaux sont programmés pour être achevés à l’horizon 2029. Selon le ministre, les opérations de terrassement et d’équipement sont terminées, tandis que les travaux de construction ont commencé. À Marrakech-Ménara, le projet d’extension, dont le coût est estimé à 3 milliards de dirhams, doit permettre de faire passer la capacité de l’aéroport de 8 à 16 millions de passagers par an d’ici à 2028. L’aéroport Tanger-Ibn Battouta devrait, de son côté, voir sa capacité augmenter de 2 à 7 millions de passagers, grâce à un investissement de 3 MMDH. À Agadir-Al Massira, la capacité annuelle passerait de 2,5 à 7 millions de passagers, pour un investissement avoisinant 2,5 milliards de dirhams. Le projet de Fès-Saïss vise, quant à lui, à porter la capacité de 2 à 5 millions de passagers, avec une enveloppe de 1,5 MMDH. Smara et la modernisation des services aéroportuaires Les investissements concernent également les provinces du Sud. Kayouh a annoncé un projet de réhabilitation de l’aéroport de Smara, dont le coût prévisionnel initial est estimé à 100 millions de dirhams. L’objectif est de permettre à cette infrastructure d’accueillir des avions de moyen-courrier, notamment des Boeing 737-800 et des appareils Airbus. Les travaux prévoient l’élargissement de la piste, dont la largeur passera de 34 à 45 mètres, ainsi que l’aménagement de ses annexes, l’agrandissement du parking des avions et de la voie d’accès à celui-ci. Les installations liées à l’aire de stationnement des appareils seront également réhabilitées. Parallèlement à ces investissements physiques, le ministère entend accélérer la transformation numérique des services aéroportuaires. Le programme prévoit le déploiement du parcours biométrique des passagers et le développement des portiques électroniques de contrôle aux frontières. Les autorités souhaitent également éviter la répétition des contrôles de sécurité pour les voyageurs empruntant des vols intérieurs et faciliter les correspondances des passagers internationaux qui poursuivent leur trajet vers d’autres aéroports marocains. Le dispositif comprend aussi la généralisation d’un indicateur de satisfaction des voyageurs et la mise en place du programme « passager mystère », destiné à évaluer la qualité des services. La numérisation de la gestion des réclamations et l’extension des systèmes biométriques doivent contribuer à réduire les temps d’attente et à fluidifier les déplacements dans les aéroports. Ces chantiers répondent à un double impératif : accompagner la croissance du trafic aérien et préparer le pays aux grandes échéances internationales, notamment la Coupe du monde 2030. En 2025, les aéroports marocains ont accueilli 36,3 millions de passagers, soit une progression de 11 % par rapport à l’année précédente. Une dynamique qui renforce la nécessité d’adapter les infrastructures nationales à l’augmentation attendue des flux touristiques et internationaux. 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