Le gouvernement marocain entend s’attaquer aux mécanismes qui contribuent à la flambée des prix alimentaires. Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 prévoit une série de mesures destinées à encadrer les circuits de distribution, à limiter les pratiques spéculatives et à renforcer la concurrence. L’objectif affiché est de rapprocher les prix des produits de première nécessité de niveaux jugés raisonnables, en s’attaquant aux surcoûts qui ne correspondent pas à une création de valeur réelle dans la chaîne de production et de commercialisation. Présentées dans la note accompagnant le PLF 2027, ces mesures doivent entrer en application à partir de l’année prochaine. Elles reposent sur une meilleure maîtrise des coûts de production, de stockage et de transport, ainsi que sur l’encadrement des marges commerciales en fonction des services effectivement rendus. Le gouvernement entend ainsi concilier deux impératifs : préserver le pouvoir d’achat des ménages et garantir aux producteurs une marge bénéficiaire équitable. La réforme des circuits de distribution et des marchés de gros constitue l’un des principaux leviers de cette stratégie. Elle vise à réduire les pertes et les coûts d’intermédiation, à stimuler la concurrence et à rendre les transactions plus transparentes. L’année 2027 doit marquer le passage à une mise en œuvre opérationnelle, grâce à de nouveaux instruments de pilotage, de suivi et de régulation permettant d’anticiper les fluctuations des marchés. Anticiper les pénuries et encadrer les exportations Le premier volet concerne la sécurisation de l’approvisionnement du marché national. Des plans saisonniers seront élaborés pour les produits considérés comme stratégiques, notamment les céréales, les pommes de terre, les oignons, les tomates, les viandes rouges, la sardine et l’huile d’olive. Ces plans devront mettre en adéquation les besoins du marché intérieur avec les prévisions de production, les stocks disponibles et les exportations déjà contractualisées. L’identification précoce des risques de pénurie doit permettre aux autorités d’anticiper la mobilisation des réserves, de soutenir la production ou d’autoriser temporairement des importations. Le projet de loi prévoit également une réorientation des aides agricoles. Celles-ci devront davantage contribuer à l’amélioration de la productivité, à une utilisation plus rationnelle de l’eau et au renforcement de la résilience du secteur agricole, afin de sécuriser l’approvisionnement national. Le dispositif reposera sur des contrats fixant les objectifs et les engagements des bénéficiaires. Une attention particulière sera accordée aux exploitations familiales et de taille moyenne, ainsi qu’aux organisations de producteurs. Autre levier envisagé : la possibilité d’encadrer les exportations lorsque le marché intérieur connaît une pénurie exceptionnelle ou des perturbations dans l’approvisionnement en produits essentiels. Les mesures adoptées devront être temporaires et proportionnées à la situation. Elles s’appuieront notamment sur des seuils concernant les niveaux de stocks, les prix et la durée de couverture des besoins, tout en respectant les engagements commerciaux et les contrats en vigueur. En cas de déficit prévisible, les autorités prévoient également de publier un calendrier prévisionnel des importations et de réduire les droits de douane. L’objectif est de renforcer la capacité d’intervention publique face aux tensions sur l’offre et d’éviter que celles-ci ne se traduisent par des hausses excessives des prix. Six sociétés régionales pour transformer la distribution La réforme des marchés de gros constitue le deuxième pilier du dispositif. Le gouvernement prévoit l’élaboration d’un nouveau cadre législatif définissant les conditions de création et de gestion des marchés de gros, qu’ils soient publics ou privés. Le texte devra également préciser les responsabilités de l’État et des collectivités territoriales, ainsi que les droits et obligations des grossistes et des intermédiaires. La réforme prévoit une révision du régime des mandataires et la dissociation de la fiscalité locale de l’obligation de passage physique par les marchés de gros. Cette évolution doit contribuer à revoir les modalités de commercialisation des produits agricoles et à réduire les contraintes susceptibles d’alourdir les coûts de distribution. Six sociétés régionales de distribution devraient par ailleurs voir le jour dans les principaux bassins agricoles du pays : le Souss, le Tadla, le Gharb, le Loukkos, les Doukkala-Abda et l’Oriental. Leur fonctionnement sera encadré par un cahier des charges unifié et soumis à un audit annuel. La transparence des prix et des frais devra être intégralement garantie. Selon la note de présentation consultée par Hespress FR , ces structures n’ont pas vocation à devenir des intermédiaires publics monopolistiques chargés d’acheter les produits agricoles pour les revendre. Elles doivent plutôt mettre à la disposition des agriculteurs et des coopératives des services de collecte, de tri, de conditionnement, de stockage frigorifique et de transport. Elles permettront également aux producteurs de vendre leurs marchandises aux enchères ou dans le cadre de contrats conclus avec différents acheteurs. Leur ouverture à l’ensemble des acteurs, dans des conditions équitables, doit favoriser la diversification des débouchés et instaurer une concurrence effective entre trois circuits : la vente directe, les circuits courts et les marchés de gros. Des infrastructures frigorifiques pour la pêche Le gouvernement entend également intervenir sur les conditions de commercialisation des produits de la pêche. La construction d’unités de stockage frigorifique à tarifs incitatifs doit être engagée dans les principaux ports de pêche artisanale, notamment à Larache, Al Hoceima, Safi, Tan-Tan, Laâyoune et Dakhla. Ces infrastructures doivent améliorer la conservation des produits et renforcer le pouvoir de négociation des pêcheurs, en limitant les contraintes liées à la commercialisation rapide des prises. Le dispositif sera complété par le développement de contrats d’approvisionnement direct entre les producteurs ou les coopératives et les détaillants, les grandes surfaces ainsi que les établissements de restauration collective. La modernisation des circuits de commercialisation concernera également les viandes rouges. Les mesures prévues comprennent l’identification numérique du cheptel, la mise à niveau des marchés à bestiaux et des abattoirs, le recours à la pesée et à la facturation, ainsi que le renforcement de la traçabilité des carcasses. Pour les produits de la pêche, les autorités prévoient d’améliorer les conditions de conservation dans les ports et les points de débarquement, de numériser les opérations de première vente et de renforcer le transport frigorifique vers les marchés intérieurs. Un système national d’information sur les prix Le troisième volet de la stratégie porte sur la collecte des données et le contrôle des pratiques commerciales. Le gouvernement prévoit la création d’un système national d’information sur les marchés alimentaires, couvrant un panier de produits prioritaires : les céréales, les pommes de terre, les oignons, les tomates, les viandes rouges, la sardine et l’huile d’olive. Cet outil doit permettre de suivre les prix à la production, sur les marchés de gros et au détail, mais aussi de surveiller les niveaux de stocks et les flux d’approvisionnement. Des mécanismes d’alerte seront intégrés afin de détecter les hausses inhabituelles des marges commerciales ou les perturbations dans la disponibilité des produits. En parallèle, le gouvernement prévoit de renforcer les contrôles permanents fondés sur les risques et d’intégrer progressivement la facturation numérique ainsi que les dispositifs de traçabilité sanitaire et fiscale. Ces instruments doivent permettre de mieux détecter le stockage à des fins spéculatives, les pratiques anticoncurrentielles et les fraudes portant sur le poids ou la qualité des marchandises. Derrière cette réforme, le PLF 2027 affiche une ambition : agir non seulement sur les prix, mais aussi sur les mécanismes de formation de ces prix. En misant sur la transparence des transactions, la modernisation des infrastructures et la diversification des circuits de commercialisation, le gouvernement entend réduire les coûts d’intermédiation et mieux protéger le consommateur. L’efficacité du dispositif dépendra toutefois de la mise en œuvre des mesures annoncées et de la capacité des autorités à faire respecter les nouvelles règles sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. The post PLF 2027 : Stocks, marges et exportations au cœur du dispositif contre la spéculation appeared first on Hespress Français - Actualités du Maroc .
Le gouvernement marocain entend s’attaquer aux mécanismes qui contribuent à la flambée des prix alimentaires. Le projet







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