L’utilisation de l’intelligence artificielle générative dans les apprentissages pose de nouveaux défis au système éducatif sénégalais. Alors que les autorités prévoient de renforcer les compétences numériques des enseignants et des élèves, l’enjeu est de faire de ces outils des supports d’apprentissage sans encourager la dépendance aux réponses automatiques. Un exercice de mathématiques, une dissertation ou un résumé de texte peuvent désormais être réalisés en quelques secondes grâce à ChatGPT, Claude ou Gemini. Pour les élèves sénégalais qui disposent d’un smartphone et d’une connexion Internet, ces outils ouvrent de nouvelles possibilités d’apprentissage. Mais ils posent aussi une question essentielle : l’intelligence artificielle aide-t-elle à mieux comprendre les leçons ou permet-elle surtout de terminer les devoirs plus rapidement ? Pour un élève qui rencontre des difficultés, l’IA peut jouer le rôle d’un répétiteur virtuel. Elle peut reformuler une explication, proposer des exemples et détailler les étapes d’un raisonnement. Elle offre ainsi une possibilité de réviser en dehors de la classe et de revenir sur une notion mal comprise. Cependant, cette assistance peut devenir contre-productive lorsque l’élève demande directement la réponse sans chercher à comprendre. Une dissertation générée par une machine peut être bien structurée sans que son auteur maîtrise les arguments présentés. De même, la solution correcte d’un problème ne garantit pas que l’élève soit capable de reproduire le raisonnement lors d’une évaluation. Le risque ne concerne donc pas uniquement la triche. Il touche à la capacité de mémoriser, de raisonner et de développer une réflexion personnelle. Apprendre suppose de fournir un effort, de se tromper et de chercher une solution. Si l’IA accomplit systématiquement ces étapes, l’élève peut confondre la production d’un résultat avec l’acquisition d’une compétence. La question est d’autant plus importante que le Sénégal a engagé une politique d’intégration du numérique dans l’éducation. La Stratégie du Numérique pour l’Éducation 2025-2029 prévoit notamment de renforcer les compétences numériques des acteurs du système éducatif. À la rentrée scolaire 2025-2026, le gouvernement a annoncé la formation de 105 000 enseignants au numérique et à l’intelligence artificielle, ainsi que la distribution de 5 000 ordinateurs portables aux élèves des séries scientifiques de Première et de Terminale S1 et S3. Ces initiatives traduisent une volonté de préparer l’école aux transformations technologiques. Mais l’équipement et la formation ne suffisent pas à garantir de meilleurs apprentissages. La question centrale reste celle des usages : comment aider les élèves à tirer profit de l’IA sans lui déléguer leur travail intellectuel ? Le défi est également celui de l’équité. Tous les apprenants ne disposent pas des mêmes équipements, de la même qualité de connexion ou du même accompagnement. Dans ces conditions, une intégration mal encadrée pourrait creuser les écarts entre ceux qui maîtrisent ces outils et ceux qui y accèdent difficilement. Pour l’école sénégalaise, l’enjeu n’est donc pas simplement d’autoriser ou d’interdire ChatGPT. Il consiste à apprendre aux élèves à utiliser ces outils avec discernement. Demander à une IA d’expliquer une formule, de proposer un indice ou de corriger un raisonnement peut favoriser la compréhension. Lui confier intégralement un devoir risque, au contraire, de priver l’élève d’un exercice nécessaire à sa progression. Cette évolution appelle aussi une adaptation des pratiques pédagogiques. Les enseignants peuvent demander aux élèves d’expliquer oralement leur démarche, de justifier leurs réponses ou de réaliser en classe des exercices permettant de vérifier leurs acquis. La formation doit également porter sur la vérification des informations, les erreurs produites par l’IA et la protection des données personnelles. Enfin, les outils doivent tenir compte des réalités linguistiques et pédagogiques du pays. La disponibilité de ressources adaptées aux programmes sénégalais et aux langues nationales pourrait contribuer à élargir leur utilité, à condition que leur qualité soit vérifiée. L’intelligence artificielle peut devenir un appui pour l’école sénégalaise, mais elle ne remplacera ni l’enseignant ni l’effort d’apprentissage. La véritable réussite ne se mesurera pas au nombre de devoirs réalisés avec une machine, mais à la capacité des élèves à comprendre, à raisonner et à mobiliser seuls leurs connaissances. cheikh.tidiane.ndiaye@lesoleil.sn
Pour un élève qui rencontre des difficultés, l’IA peut jouer le rôle d’un répétiteur virtuel. Elle peut reformuler une e



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